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Le site du Conseil National pour la Résistance - Mouvement Umnyobiste (CNR - MUN)

Le Umnyobisme est une idéologie de libération pour le Cameroun et l'Afrique et qui tire ses fondements dans les résistances historiques des peuples africains contre l'impérialisme et le colonialisme.

mercredi 23 mai 2007

Démographie au Cameroun : le grand tabou

Lu sur le Blog de Théo: http://www.kouamouo.afrikblog.com/

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une_doualaEst-il possible de développer un pays sans connaître précisément la composition de sa population ? Si la réponse à cette question est négative, c’est que le Cameroun de Paul Biya n’a aucune chance d’aller mieux dans les prochaines années, à moins que des mesures urgentes soient prises. Je m’explique.

Cette année, le 20 mai, date de la fête nationale du Cameroun, est tombé un dimanche. Ma communauté religieuse à Abidjan a demandé aux Camerounais de partager leur joie et leurs difficultés en présentant leur pays et ses problèmes - et en faisant, bien entendu, un petit « show » musical valorisant les rythmes locaux (bikutsi, makossa, bend skin, etc)…

Un de mes amis camerounais, ingénieur et chercheur, a été choisi par les Camerounais de l’église pour présenter leur pays dans ses aspects généraux (économie, vie politique, PIB, population, etc…). En cherchant les données pour son exposé, il est allé sur le site officiel de la présidence de la République (http://www.prc.cm/). Et là, il est tombé sur une petite pépite d’absurdité. « Le Cameroun est un pays qui compte plusieurs grandes villes parmi lesquelles Yaoundé, la capitale politique du pays qui compte plus d'un million d'habitants, Douala, la capitale économique compte plus de deux millions d'habitants. Ensuite viennent des villes comme Garoua, Bafoussam, Maroua, Bamenda, ... qui sont d'importants centres urbains», indique, docte, le site du président. Qui continue en disant que la province semi-désertique de l’Extrême-Nord, est la plus peuplée du pays avec 2 553 389 habitants, tandis que la province du Littoral, dont fait partie Douala a…1 861 463 habitants !

Pour ceux qui ne connaissent pas bien le Cameroun, c’est comme si l’on disait qu’Abidjan avait 3 millions d’habitants et la région des Lagunes, dont fait partie Abidjan, 2 millions d’habitants ! Ou que Paris a 5 millions d’habitants et l’île de France 3 millions ! Quand l’ensemble comporte moins d’éléments que le sous-ensemble… Révolution mathématique sous les tropiques.

Simple erreur dont il est un peu exagéré de se gausser ? Pas du tout. Ces chiffres surréalistes ne sont que la face émergée de l’iceberg de fraude et de faux mis en place par un système politique pour survivre. Les statistiques démographiques sont, en effet, la matière première principale des élections. Et toute la zone occidentale du Cameroun, composée des provinces du Littoral, de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui est selon toute évidence de loin la zone la plus dense du pays, est traditionnellement hostile à Paul Biya et à son régime. Il s’agit donc de minorer la population de cette partie du pays (pour diminuer le nombre de députés qui doivent la représenter et distribuer les cartes d’électeur de manière sélective sans que le pourcentage faramineux que constitue les « exclus du vote » ne choque « les Blancs »). Par ailleurs, on surévalue la population de certaines régions reculées et difficiles d’accès pour pouvoir fabriquer bureaux de votes fictifs et électeurs fictifs en l’absence d’yeux indiscrets.

Au Cameroun, la démographie est devenue, depuis le retour au multipartisme, une activité subversive et une préoccupation « d’opposants ». Le dernier recensement général de la population publié date de… 1987. Certes, un recensement a été financé à grands frais et réalisé en 2005. Mais les résultats ont… disparu. Le bureau du recensement, dissocié pour des raisons mystérieuses de l’Institut national des statistiques (INS), a fait disparaître le document gênant.

On a parfois envie de dire à certains dirigeants africains, qui se rebellent par tous les moyens contre un pluralisme politique qu’ils n’ont admis que sous la pression ambiguë des donneurs d’ordres occidentaux, de réinstaller le parti unique au lieu d’infliger à leurs concitoyens ce type de tragicomédie qui n’amuse plus personne. Le plus grave, c’est que le régime de Paul Biya, comme de nombreux pouvoirs néocoloniaux d’inspiration ethnofasciste, est pris au piège de son propre discours et de ses pratiques à courte vue. Dès le retour au multipartisme, prenant acte d’une colère sociale due à sa mauvaise gouvernance, il a inventé une ethnie, les « Anglos-Bamis » (les Anglophones et les Bamilékés) qu’il a stigmatisée avec un discours délirant. Désormais, il se considère comme incapable de reconquérir les populations des zones occidentales les plus peuplées - puisqu’il se refuse de faire de la politique au sens noble du terme. C’est ainsi que naît la peur du peuple, la peur de la démographie, et le fantasme plus ou moins avoué de l’élimination d’une partie du corpus national. Ainsi naissent les tentations d’épuration ethnique…

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lundi 14 mai 2007

Déclaration du CNR - MUN sur le crash de l'avion de la Kenyan Airways

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«Le CNR - MUN présente ses condoléances aux familles des victimes du crash de l’avion  de la  Kenyan airways et dénonce la lenteur des secours»

Le Conseil National pour  la Résistance / Mouvement Umnyobiste (CNR-MUN) a appris avec une grande douleur, la disparition brutale des 114 passagers suite à l’accident, quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Douala, d’un Boeing 737  de  la Kenyan Airways, dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 mai 2007.

Le CNR/MUN partage la peine et la tristesse des familles si durement éprouvées, à qui il présente ses condoléances les plus émues et leur souhaite force et courage dans cette épreuve particulièrement difficile.

Les conditions de travail des secouristes sur le terrain, ajoutées aux tergiversations, aux atermoiements et à la démission pour ne pas dire l’amateurisme du gouvernement INONI dans la gestion de cette catastrophe, en rajoutent à l’extrême chagrin des familles des victimes et montrent à la face du monde entier que le Cameroun est totalement dépourvu d’un plan d’urgence et de réaction rapide aux catastrophes de ce type. Ce qui est extrêmement grave pour un gouvernement dont la mission première est d’assurer la sécurité de tous les camerounais et des étrangers vivant sur son sol.

Il est certes important de ne pas céder à la polémique stérile et de respecter la douleur des familles des victimes en les laissant porter courageusement le deuil de leurs proches. Mais comment ne pas manifester sa révolte et son indignation sur la gestion de cette « crise » par le gouvernement antipopulaire au pouvoir? Comment comprendre que les secouristes aient d’abord été amenés à chercher l’avion là où il ne pouvait être ? Comment comprendre en effet, que les braves secouristes qui recherchent courageusement les restes des victimes sur le terrain, manquent jusqu’aux… brancards pour faire correctement leur travail? Comment comprendre que le Premier Ministre ou le Ministre des transports ne soient toujours pas venus à la rencontre des familles des victimes pour leur manifester leur soutien dans cette épreuve ?  Comment expliquer qu’aucun ministre de la république ne soit descendu sur le terrain des marécages de Mbanga-pongo pour encourager les secouristes qui se battent dans des conditions extrêmement difficiles  avec autant de bravoure? Comment expliquer que ce soient les autorités kenyanes qui aient été aux avant-postes et à l’offensive dans cette tragédie pour tenter de communiquer et rassurer l’opinion? Comment ? Comment ? Comment ? Dans des pays bien gouvernés, nous voyons comment le Chef de l’Etat, le Premier Ministre et tout le gouvernement se mobilisent en pareilles circonstances et font bloc pour donner une réponse appropriée et juste à la situation afin de rassurer les parents des victimes et l’opinion !

Que fait donc le gouvernement de fait du Cameroun pendant ce temps? Il est sans doute plus préoccupé à bourrer les urnes et à préparer les fraudes électorales, comme à l’accoutumée, pour le scrutin du 22 juillet qu’à gérer une catastrophe aérienne!!!

Paul Biya et son gouvernement viennent encore de nous donner la preuve de leur incompétence, de leur légèreté, de leur irresponsabilité notoires et du peu d’intérêt qu’ils ont pour la vie et la sécurité des camerounais et des étrangers au Cameroun. Il faut chasser ce gouvernement de vacanciers irresponsables du pouvoir!

Fait à Paris le 09 Mai 2007

Pour le Conseil National pour  la Résistance

- MouvementUmnyobiste,

Hugo Moudiki

Secrétaire General Adjoint

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Vie et Oeuvre de Ruben Um Nyobè, Héros national camerounais!

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« Ruben Um Nyobè par son engagement tenta à son époque de modifier l’ordre colonial, et la vision de l’homme, de la production de la vie et de la culture qui le sous-tendait […] Ce personnage-charnière est incontournable dans l’histoire du Cameroun…par-dessus tout, il ouvre une période politique et culturelle nouvelle au Cameroun : celle de l’invention d’une identité nationale.

Il avait ordonné son activité intellectuelle autour d’un projet de rupture avec l’ordre colonial. En transcendant l’horizon politique proprement local, il tenta d’organiser intellectuellement la rupture avec l’ordre colonial en inoculant, dans la formation culturelle de son époque, des énoncés porteurs de conflits nouveaux et étalés sur une échelle nationale. L’originalité d’Um Nyobè fut d’articuler intellectuellement la question de la distribution de la compétence politique au sein de la société de son temps. Ce faisant, il heurta de front la théodicée et les rites de l’État colonial. Il construisit les outils culturels et échafauda l’équipement mental susceptible d’aggraver la prise de distance par rapport à la logique d’exclusion coloniale. Toute sa réflexion est l’expression du refus des Africains de se laisser déposséder des instruments de production du politique à l’époque. Um Nyobè tenta de dés-absolutiser l’évènement colonial. Il voulut le ramener dans le champ de ce qui méritait discussion, alors même qu’il prétendait se situer hors du dit champ, et aspirait à être admis sans discussion.
Voilà certaines des raisons pour lesquelles sa pratique sociale et intellectuelle contribua à modifier considérablement les structures mêmes de l’imaginaire politique et des systèmes de représentation en vigueur à l’époque. Um Nyobè fournit à ses contemporains un nouveau cadre de référence en proposant de « refaire la société » et en réussissant à l’imposer, comme paradigme central dans la réflexion, l’énoncé de l’indépendance. On a du mal à soupçonner de nos jours les bouleversements que put entraîner, dans les structures mentales d’une société capturée, depuis près d’un demi-siècle, dans les rêts de l’idéologie de la « mission civilisatrice », l’idée selon laquelle la sortie de cette captivité culturelle et politique était de l’ordre du pensable et du réalisable. Son apport intellectuel et pratique à la mise à terme de l’ordre colonial dans ce pays est inesquivable. » [Achille Mbembe, 1989].

Um Nyobè est né en 1913 à Song Peck près de Boumnyébel à 180 kilomètres de Douala dans l´arrondissement d´Eséka, de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nônos, des paysans Basa’a.

En 1920, il entre à l´école presbytérienne de Makaï où il est baptisé « Ruben » en 1921.

En 1924 il quitte cette école pour l´école d´Ilanga près d´Eséka où il obtient son certificat d´études primaires en 1929 puis il intègre en 1931, l´École normale de Foulassi en région Bulu, tenue également par les presbytériens. Il est renvoyé de cette école, l´année où il doit obtenir son diplôme de fin d´études, accusé d´être toujours prompt à prendre la tête des mouvements de revendication et de protestation. Il obtiendra néanmoins son diplôme de fin d´études, en temps que candidat libre.


Il enseigne pendant quelques années dans les écoles presbytériennes.

En 1935, il est admis au concours des commis des services civils et financiers. Il poursuit ses études en travaillant et obtient par correspondance sa première partie du baccalauréat en 1939. La même année il est affecté au greffe du tribunal d´Édéa. Dans l´exercice de son métier, il se passionne pour le droit. Ce faisant, il découvre l´injustice à laquelle sont soumis les camerounais, à travers le système de l´indigénat. En effet, la loi distingue les indigènes (camerounais) considérés comme des sujets et les français considérés comme des citoyens. La loi ne laisse aucune possibilité d´expression pour la lutte politique ou pour la défense des droits des travailleurs aux indigènes.

La participation de nombreux « indigènes » à la guerre de 1939-45 va pousser le général De Gaulle alors héros de la France libérée de la colonisation allemande d´alléger quelque peu la rigueur des lois sur l´indigénat. En 1944, sous la pression des évènements, les autorités françaises reconnaissent aux travailleurs camerounais le droit de s’affilier à des syndicats.


Dans la foulée de la libération de la France et de la défaite de l’Allemagne, le Cameroun fût placé sous la tutelle de l’Organisation des Nations unies (ONU). La Grande-Bretagne reçoit de l’ONU le mandat d’administrer les territoires du Cameroun occidental et la France celui d’administrer ceux du Cameroun oriental avec pour mission de conduire ce pays à l’indépendance.

Nul ne sous doutait alors que la France ne consentirait jamais à conduire ce territoire aux potentialités énormes à une autonomie effective et à l’indépendance comme le prévoyaient les accords de tutelle signés en décembre 1946 aux Nations unies. Les gouvernements français successifs de Charles de Gaulle de 1944-46 et du même Charles de Gaulle en 1958 à 1959 en passant entre autre par ceux de Paul Ramadier (1947), Edgar Faure (1955-56), Guy Mollet (1956-57), réussirent donc avec toute la violence et la force oppressive propre à la France à intégrer le Cameroun dans l’Union Française. Ruben Um Nyobè qui a une toute autre conception du socialisme fait remarquer qu’il qu’« il est honteux de constater qu’un gouvernement dirigé par Guy Mollet, Secrétaire Général du Parti Socialiste français (SFIO - Section française de l’Internationale ouvrière) ne préconise comme toute solution au grave problème camerounais que la menace de l’emploi de la force et les manœuvres de division, procédés propres aux colonialistes les plus attardés ».

En 1954, à l’occasion du débat à l’Assemblée nationale sur la politique du gouvernement français en Afrique du Nord, le général Aumeran déclare : « La France perdra son rang de grande puissance, le jour où elle aura perdu toutes ses colonies.» Ruben Um Nyobè de rétorquer : « la France ne méritera jamais son rang de grande puissance aussi longtemps que la France continuera à opprimer les colonies. »


Déjà - comme aujourd’hui par ailleurs - la seule constante dans la politique française demeure les « rapports » que les gouvernements successifs de droite comme de gauche entretiennent avec l’Afrique. De 1944 à 1960 soit 24 ans, il y eu au total 26 gouvernements en France toutes tendances confondues, droite conservatrice, socialiste et communiste, mais jamais au cours de ces 24 ans la coloniale ne lâcha prise en Afrique et particulièrement au Cameroun.

Après une série d’échecs, le gouvernement français par l’entremise de son ministre des colonies Gaston Defferre de 1956 à 1957 propose de dissoudre l’Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) et d’organiser de nouvelles élections sous l’égide de la loi cadre Defferre. Ruben Um Nyobè dira à ce sujet : « Je pourrais seulement lui [Charles Assalé] dire et par cela à MM. Gaston Defferre et Pierre Messmer que la tentative d’intégrer le Cameroun par la force dans l’Union Française ne date pas d’aujourd’hui. L’expérience Roland a échoué, celle de Gaston Defferre échouera plus lamentablement car, non seulement le peuple camerounais n’ira pas aux urnes le 23 décembre, mais également nous nous opposerons de toutes nos forces à toute tentative de la France à mettre des marionnettes en place pour faire du Cameroun un second Togo. »

La loi-cadre Defferre de sources officielles habiliterait le gouvernement français à statuer par décret dans un domaine réservé en principe à la loi. Elle crée dans les territoires dits d´outre-mer des assemblées élues au suffrage universel, ce qui permettrait au pouvoir exécutif local d´être plus « autonome » vis-à-vis de la France. Elle instaure aussi le collège unique alors que jusque là les habitants étaient répartis en deux collèges selon leur statut.
Pour le leader nationaliste, la loi-cadre Defferre n’est autre « qu’un acte de désarroi, qui mérite une analyse sommaire pour avertir l’opinion camerounaise de l’escroquerie politique et de l’hypocrisie dont on voudrait user pour intégrer notre peuple dans l’empire colonial français ».

Malgré la supercherie de la loi cadre, la dissolution de l’Assemblée territoriale et l’élection prochaine d’une nouvelle assemblée et les modalités qui s’en suivent sont néanmoins « une victoire de la lutte de notre peuple » aux yeux de Um Nyobè. Victoire qui selon lui se dégage en deux points : l’instauration du suffrage universel et le collège unique. Jusqu’alors, les consultations populaires se sont toujours déroulées sur la base d’un suffrage restreint, le droit de vote n’ayant été jusqu’ici reconnu qu’à certaines catégories d’individus. Or l’Union des Populations du Cameroun (UPC) a toujours revendiqué l’institution du suffrage universel au Cameroun : « L’institution du suffrage universel vient donc couronner nos efforts et c’est dans une grande fierté que notre peuple doit saluer cette conquête populaire ». L’autre point est l’abrogation du système du double collège dans lequel il y a une liste électorale pour les citoyens français et une autre pour les autochtones. Par ce jeu de racisme, 12 000 citoyens français résidant dans le pays sont représentés à l’ATCAM par 105 conseillers, alors que plus de 3 millions de camerounais n’y sont « représentés » que par 32 conseillers.


De 1952 à 1954, Um Nyobè ira à trois reprises aux Nations Unies défendre la cause du Cameroun. D’après Richard A. Joseph (1986) : «A chaque fois que Um Nyobè se présentait aux Nations unies, la France mettait en avant des délégués camerounais qui tournaient en dérision l´idée d´unification. Il y avait donc de multiples obstacles : l´idée de réunification des Cameroun n´emporta jamais l´adhésion des Nations unies. Tous les adversaires politiques de l´UPC s´y opposaient avec véhémence... ».

En décembre 1952, Charles Okala, futur ministre des travaux publics - transports et mines, ministre de la justice puis des affaires étrangères dans le gouvernement d’ Ahmadou Babatoura Ahidjo de 1958 à 1961 et Alexandre Douala Manga Bell, représentant à l’ARCAM (Assemblée représentative du Cameroun) et député à l´Assemblée nationale française depuis 1946 sont les portes parole de l’administration coloniale qui s’oppose aux revendications portés par Ruben Um Nyobè et contestent la représentativité du mouvement nationaliste devant les Nations unies. Quelques temps avant, le 24 octobre de la même année Soppo Priso, président de la JEUCAFRA (Jeunesse camerounaise française) et futur président de l’ATCAM héritière de l’ARCAM signe la motion du Dr Louis-Paul Aujoulat s’opposant à l’audition de l’UPC par l’Assemblée Générale de l’ONU.


Dans la foulée, un certain Léopold Sédar Senghor, premier africain agrégé (agrégation en grammaire), naturalisé français en 1933, enrôlé comme soldat de 2ème classe et intégré dans les contingents indigènes de l´armée française en 1939, capturé et détenu par les allemands pendant 2 ans au Stalag 230, secrétaire d´État auprès du chef du gouvernement français Edgar Faure de 1955-1956, premier président du Sénégal (1960-1980), premier africain à siéger à l’Académie française (1983), apôtre de la négritude, témoigne aux tribunes de l’ONU sur « l’absence de discriminations raciales dans le territoire du Cameroun et notamment au sein des instances judiciaires où autochtones et français sont équitablement représentés». Il affirmera par la suite que « les Africains ne veulent pas l’indépendance mais l’interdépendance dans le cadre de l’Eurafrique ».
Pour Frantz Fanon (F. Fanon, 1969) en désaccord avec la négritude, le statut des personnes dépend de leur position économique et sociale et seul compte le combat pour l´indépendance politique. Pour lui, une révolution violente est le seul moyen d’en finir avec la répression coloniale et le drame culturel dans les territoires colonisés.

Ruben Um Nyobè dénonce alors la complicité des instances dirigeantes des Nations unies : « Le problème a été exposé dans tous ses détails devant les Nations unies. Si jusqu’ici une suite définitive n’a encore été réservée à nos interventions, c’est que la politique colonialiste de la France bénéficiait des appuis de la part de certains membres du Conseil de Tutelle. »

Sept ans plutôt, en 1945, grâce à l´appui de la Confédération Générale des Travailleurs (CGT), syndicat français proche du parti communiste français, Um Nyobè participe à la création de l´Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) dont il devient le secrétaire général adjoint. Il va alors consacrer son énergie à créer une multitude de syndicats qu´il réussit à fédérer en unions syndicales régionales résolument engagées en faveur de la reconnaissance des droits du travailleur camerounais. L´USCC est une initiative du Cercle d’Études Sociales et Syndicales ou Cercle d´Études Marxistes. Mis en place par le français Gaston Donnat et ses amis dont Maurice Méric, le Cercle est une sorte d´école de formation au syndicalisme où on analyse et étudie le système d´exploitation économique et politique du régime colonial. Dès juin 1944, de jeunes fonctionnaires camerounais participent aux premières réunions : Zolo, maître d’école, Ruben Um Nyobè, greffier, Jacques N’gom employé de l’administration, Charles Assalé, infirmier, Ekabissé, postier, Sakouma, employé, André Fouda, Tchoumba Ngouankeu,… Malgré les nombreuses défections la plupart seront très assidus aux conférences données par les syndicalistes de la CGT.

Militant anticolonialiste et premier secrétaire général de l’USCC, Gaston Donnat arrive au Cameroun en 1944 en provenance d’Algérie. Instituteur de formation, le français enseigne alors à l’École supérieure de Yaoundé (actuel Lycée Général Leclerc). Il est aujourd’hui reconnu et salué par tous pour avoir initié les camerounais comme Um Nyobè et Jacques N’gom au syndicalisme et à la lutte politique. Après son départ en 1947, Charles Assalé devient secrétaire général de l’USCC qui après sa défection en 1948 sera remplacé par Jacques N’gom. Charles Assalé deviendra par la suite ministre des finances du Cameroun colonial français dans le gouvernement Ahmadou Babatoura Ahidjo de février 1958 à septembre 1959, puis premier ministre du Cameroun oriental de mai 1960 à juin 1965.

Dans son livre Afin que nul n’oublie – Itinéraire d’un anti-colonialiste (1986), Gaston Donnat rapporte les propos de Ruben Um Nyobè à la première rencontre du Cercle en juin 1944 : « Je tiens à remercier nos amis Blancs qui nous ont reçus chez eux pour nous faire des déclarations aussi importantes. C’est la première fois que je m’assois à la table d’un Blanc : je considère cela comme un grand évènement au Cameroun. Je ne l’oublierai pas.
« Ce que j’ai entendu, m’a beaucoup intéressé et personnellement, je souhaite que l’on maintienne les réunions. Nous avons besoin d’acquérir des connaissances qui nous font totalement défaut et je crois, moi aussi, que la fin de la guerre sera favorable à des changements dans le Monde. Nous devons nous y préparer.»

Parlant de Gaston Donnat, Michel Ndoh rapporte en 1984 : « Le nom de Donnat est resté jusqu’ici une sorte d’énigme pour beaucoup de patriotes Camerounais dans la mesure où l’utilisation de l’épouvantail «communiste» par les autorités de la période tant coloniale que néocoloniale forçait ceux l’ayant fréquenté à garder à son sujet un prudent silence, tandis que de temps en temps quelqu’un ou un journal de l’autre camp insinuait comme une sorte d’insulte à l’adresse des patriotes que le nationalisme camerounais n’était qu’un masque introduit dans notre pays par un certain Donnat au service du communisme international ».

Gaston Donnat s’est éteint le 10 février 2007 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Ses mémoires Afin que nul n’oublie… permettent aux générations actuelles de ne pas oublier que le racisme, l’exaltation de la colonisation n’étaient pas partagés par tous, même à l’apogée du système [Alain Ruscio, Journal l’Humanité, 8 février 2007].

Dans le Cercle d’Études donc, on développe l´idée selon laquelle le système d´exploitation des travailleurs s´appuie sur le statut colonial du Cameroun et que l´amélioration du sort des travailleurs passe nécessairement par l´émancipation politique du Cameroun. On consent alors que l´indépendance seule peut permettre l´amélioration du sort des travailleurs et des masses laborieuses. L´indépendance du Cameroun devient alors pour Um Nyobè, un objectif stratégique autour duquel viendra se greffer celui la réunification. En 1946, le gouvernement français autorise la création de partis politiques au Cameroun.

Le 6 avril 1947 des fonctionnaires dont fait parti Ruben Un Nyobè crée le RACAM (Rassemblement camerounais), front anticolonialiste qui réclame la fin des mandats tutélaires, en application de la charte des Nations unies, et la réunification du Cameroun. Le parti est interdit au bout de deux mois. Plusieurs membres du Bureau dont Um Nyobè qui étaient fonctionnaires, reçoivent des affectations arbitraires dans les postes de brousse.


Les nationalistes reviennent aussitôt à la charge et le 10 Avril 1948 naît à Ndokoti (Douala) dans la modeste cour d’un bar nommé Pension Raphaël l´Union des Populations du Cameroun (U.P.C). L’Assemblée fondatrice est constituée de 12 membres dont Ruben Um Nyobè, Charles Assalé, Guillaume Bagal, Mathias Djoumessi, Bouli Leonard, Yapp Emmanuel, Jacques Biboum, Raphael Nkoudou, Ernest Owona, Etienne Libai,…. Pour faciliter la reconnaissance du parti, Um Nyobè et d’autres leaders syndicaux déjà dans le collimateur de l’administration coloniale n’inscrivent pas leurs noms sur la liste officielle des membres fondateurs. Etienne Libai et Bouli Léonard assurent respectivement la direction et le secrétariat général du mouvement. Après plusieurs hésitations des autorités coloniales, le parti est reconnu le 9 Juin 1948. Aussitôt, Um Nyobè accompagné de Mathias Djoumessi, Medou Gaston, Manga Lobe, Azombo Nsomoto, Takala Célestin se dévoile et apparaît le 17 Juin à Abidjan comme le représentant officiel de l´UPC au congrès du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), mouvement anticolonialiste présidé par l’ivoirien Félix Houphouët-Boigny. L’UPC devient en janvier 1949, une branche territoriale du RDA comme c’est le cas au Mali où le mouvement est animé par Modibo Keïta, au Niger par Djibo Bakary et en Guinée par Sékou Touré.

En Novembre 1948, Ruben Um Nyobè est élu secrétaire général de l’UPC, à Douala, à l’occasion d’un Comité directeur élargi. Lors du premier congrès du parti le 10 avril 1950 à Dschang, Ruben Um Nyobè est confirmé au poste de secrétaire général du parti, Mathias Djoumessi est élu Président et le Dr Félix Roland Moumié Vice-président. Chef traditionnel Foréké (Dschang), Mathias Djoumessi se désolidarise du mouvement peu de temps après, en 1956 il fonde le groupe des Paysans indépendants composé uniquement de dignitaires originaires de l’Ouest du Cameroun et participe aux élections du 23 décembre. En 1957 il est nommé ministre des affaires réservées et des études dans le premier gouvernement camerounais dirigé par André Marie Mbida, puis ministre avec résidence à Dschang dans le gouvernement d’Ahmadou Babatoura Ahidjo en 1959.

En 1951, c’est le divorce entre l’UPC et le RDA. L’UPC maintient sa ligne révolutionnaire et refuse de suivre le RDA quand le mouvement que dirige Félix Houphouët-Boigny inaugure une politique de collaboration avec l’administration coloniale, cédant aux pressions de François Mitterrand, député de la Nièvre, ministre de la France d’outre-mer dans le cabinet René Pleven. Félix Houphouët-Boigny participe par la suite à tous les cabinets ministériels de la France de 1956 à 1959 et devient premier président de la Côte d’Ivoire le 7 août 1960. « Le vieux sage » annonce la couleur en 1956 : « A cette mystique d’indépendance qui n’est pas toujours constructive, nous préférons la mystique de la fraternité ».
Recevant en 1957 son rival le ghanéen Kwame N´Krumah, initiateur du Mouvement panafricain, qui plaide pour une Afrique unie transcendant les États, Félix Houphouët-Boigny, déclare « je vous donne rendez-vous dans dix ans, on verra bien lequel de nous deux a choisi la meilleure voie ». 50 ans plus tard, la question de savoir qui a choisi la meilleure voie se pose t’elle encore ?

Le mouvement de libération nationale compte en 1955, sept ans après sa création, 460 comités de village ou de quartier et 80.000 adhérents. Après le mot d’ordre d’abstention lancé par l’UPC aux élections du 23 décembre 1956 à l’ATCAM sous l’égide de la loi-cadre, et surtout à cause de leur incapacité à supplanter l’UPC dans la masse, l’administration colonialiste et le gouvernement français ne cachent plus leur désarroi face à la « force grandissante du nationalisme camerounais » et comprend parfaitement l’impasse dans laquelle il se trouve depuis mai 1955. Um Nyobè de dire : « il [le gouvernement français] a entrepris des opérations de guerre dès le 24 décembre 1956 pour compenser son échec politique par l’épreuve de force. »

Le mois de Mai 1955, un an quasiment avant les élections de 1956, est un tournant décisif dans la lutte pour l’indépendance. En décembre 1954, André Soucadaux, haut-commissaire au Cameroun depuis 1949 est muté à Madagascar et remplacé par Roland Pré qui avait été gouverneur au Gabon, en Guinée-Conakry et en Haute-Volta.

« Les émeutes de 1955 avaient été préparées par l’administration coloniale. » De avril à mai 1955, toutes les réunions de l’UPC sont interdites. Pendant que le parti pose le problème politique, Roland Pré lui oppose des solutions économiques dans un contexte où la chute drastique des prix des matières premières fait de nombreux mécontents au sein des planteurs. Roland Pré va multiplier des communes rurales présidées par un administrateur local ainsi que des conseils de villages. Selon Richard A. Joseph, « le but principal des réformes de Roland Pré était donc d’associer le plus largement possible les masses rurales à la gestion des affaires afin de briser la poussée upéciste au sein des masses paysannes ».

Les militants indépendantistes décident de ne plus reculer devant la troupe coloniale pour eux celle-ci n’oserait pas tirer sur la foule parce que le Cameroun est un territoire sous-tutelle des Nations unies : c’est l’affrontement et les massacres.

Pour Frank Garbely réalisateur du film L’assassinat de Moumié « Le meeting du 25 mai 1955 se termine dans un bain de sang. Dans le seul quartier de New Bell, on dénombrera plus de mille morts. Commence une véritable chasse à l’homme, d’abord à Douala, puis dans tout le Cameroun. Partout, Roland Pré fait emprisonner les upécistes. »
D’après Mongo Beti, l’armée coloniale massacra les Africains avec une sorte d’enthousiasme sadique, au point qu’aujourd’hui encore personne ne peut fournir, avec quelque chance de plausibilité, une évaluation même approximative des morts.

Le 25 mai, l’UPC rassemble à Douala toutes les forces démocratiques et syndicales de son parti. Militants du parti, adhérents du syndicat ouvrier, partisans et sympathisants du Mouvement, près de 10´000 manifestants se rassemblent. Alors que quelques milliers attaquent la prison de New-Bell, d’autres déferlent en direction du centre ville, incendient des voitures et puis se heurtent aux principaux carrefours de la ville aux troupes coloniales : mains nues contre arme automatique. Dans la nuit du 26 au 27 mai, la mise à sac et l’incendie du siège de l’UPC fait également de nombreuses victimes.

Le 13 juillet 1955 l’UPC et les autres mouvements progressistes JDC (Jeunesse Démocratique Chrétienne) et UDEFEC (Union Démocratique des Femmes Camerounaises) sont interdits par un décret émis par le gouvernement d’Edgar Faure. Um Nyobè s’atèle à démontrer que « que le gouvernement français veut organiser des élections dans un vide politique, dans le seul dessein de mettre en place une assemblée croupion, béni oui oui, pour accepter servilement l’intégration du Cameroun dans l’empire colonial français ».

Les quotidiens français qui dans la grande majorité soutiennent avec acharnement le colonialisme décrivent dans plusieurs numéros la situation au Cameroun. Dans le journal Le Monde du 26 juin 1954, Pierre-Albin Martel écrit : « C’est un fait en tout cas que l’UPC inquiète les autorités et nul observateur ne m’a assuré qu’il faille la considérer à la légère. Son influence est grande à Douala et sur l’autre rive du Wouri elle affleure la région de Yaoundé et s’étend largement plus au Sud. On estime que les fonctionnaires africains, même s’ils gardent de l’affirmer ouvertement, sont dans leur ensemble acquis à l’Union des Populations du Cameroun. »


Max Olivier-Lecamp écrit dans le Figaro du 30 février 1956 : « L’effondrement de l’UPC après les énergiques mesures du 25 mai, doit être considéré très sérieusement. J’ai, en effet, parlé avec un grand nombre de Camerounais de Douala, de Yaoundé et même de la brousse. Tous, à un degré plus ou moins avoué, sont nationalistes. J’ai détecté sans peine quelques crypto-communistes un peu voyants, mais la grande majorité des hommes que j’ai rencontrés n’avaient rien de communiste. La bourgeoisie, généralement chrétienne, plus protestante d’ailleurs que catholique, relativement à l’aise économiquement, et assez évoluée intellectuellement, est résolument nationaliste. »

Des mandats d’arrêts sont émis à l’encontre des leaders du Mouvement. Ruben Um Nyobè se replie dans sa région natale autour de Boumnyébel. Les autres leaders du mouvement, le Dr Félix Roland Moumié, Ernest Ouandié, Abel Kingue sont contraints à l’exil. Acculés, traqués, emprisonnés et assassinés, les militants upécistes décident - bien que peu préparés voir pas du tout - de répondre par la seule arme qui leur reste, la lutte révolutionnaire.

Après les élections de 1956 l’appellation ATCAM est changée en ALCAM (Assemblée législative du Cameroun). Les groupes ou partis ayant participés aux élections et représentés à l’ALCAM vont constituer le premier gouvernement camerounais. Il s’agit de : l’Union camerounaise (UC), regroupant 30 élus du Centre et du Nord , conduit par Ahmadou Babatoura Ahidjo, le Parti des démocrates camerounais (PDC) avec 21 membres conduit par André Marie Mbida, « le groupe des huit » du Mouvement d’action nationale du Cameroun avec 7 élus, animé par le tandem Soppo – Assalé, le « groupe des paysans indépendants » comprenant neuf élus sous la direction de Djoumessi Mathias.
André Marie Mbida du PDC devient le premier premier ministre du Cameroun colonial français le 16 mai 1957 et Ahmadou Babatoura Ahidjo vice-premier ministre chargé de l’intérieur. Tombé en disgrâce auprès des parrains français, André Marie Mbida est déposé en 1958 par le nouveau haut commissaire Jean Ramadier arrivé en remplacement de Pierre Messmer avec pour mission d’introniser Ahmadou Babatoura Ahidjo que l’on préparait depuis longtemps pour la tâche. Pour Jean Ramadier une seule issue possible, il faut appliquer le programme de l’UPC sans l’UPC.

En juillet 1957, Pierre Messmer est nommé par Gaston Defferre haut commissaire du Cameroun en remplacement de Roland Pré. Dans ce que Pierre Messmer qualifie de « négociation de la dernière chance », il charge Mgr Thomas Mongo, nouveau vicaire apostolique de Douala de persuader le leader de l’UPC que « la France n’est pas hostile à l’indépendance du Cameroun, et qu’il est temps pour lui, et pour le parti qu’il est seul représenter à l’intérieur du Cameroun, de sortir de la clandestinité pour accepter le verdict des urnes dans les élections à venir. »

Le 1er octobre 1957, Ruben Um Nyobè secrétaire général de l’UPC, Théodore Mayi Matip, président de la JDC, une militante de l’UDEFEC, Pierre Yem Mback, chef du secrétariat de l’UPC et son adjoint rencontrent Mgr Thomas Mongo qui tente de faire jouer la fibre ethnique en parlant de sa : « tristesse de voir la Sanaga Maritime et les Basa’a, notre région, notre ethnie, se sacrifier seule, s’isoler et être abandonnée par le reste du Cameroun. »


La rencontre est un échec, Pierre Messmer souhaitait-il réellement une résolution politique du conflit ou simplement localiser le leader nationaliste. Um Nyobè réaffirme à Mgr Mongo que le conflit fraternel en Sanaga Maritime ne peur être dissocié du problème camerounais qui demeure entier : « la terreur menée dans notre région a pour seul objectif de diaboliser l’action des dirigeants upécistes, parce qu’ils sont Basa’a, alors que le nationalisme est unanime dans le coeur des camerounais et surtout chez les jeunes, et que la lutte pour une vraie indépendance n’est toujours pas gagnée, quoiqu’en disent les autorités qui continuent de dénier ce combat, et s’acharnent sur l’ethnie Basa’a de la Sanaga Maritime seulement pour l’exemple. »


Le 3 février Jean Ramadier nouveau haut commissaire remplace Pierre Messmer. Pour accomplir la salle besogne, l’armée coloniale amène de l’Afrique occidentale ou du Tchad ses meilleurs tirailleurs. La campagne intensive que mènent les troupes coloniales contraint Ruben Um Nyobè à se déplacer de refuge en refuge, de maquis en maquis, sans armes et sans véritable protection. Dans une atmosphère de délation et de ralliement à l’administration coloniale le secrétaire général préfère se déplacer avec une équipe réduite pour plus de discrétion. La mort en Sanaga-Maritime de celui que les paysans appellent maintenant Mpodol, le sauveur, est officiellement annoncée le 13 septembre 1958. Son secrétaire, Pierre Yem Mback est également tué. Et pour qu’aucun doute ne puisse subsister, le corps du Mpodol est longtemps exposé à Boumnyébel. Les circonstances de la disparition de Ruben Um Nyobè demeurent mystérieuses aujourd’hui encore, malgré les efforts renouvelés de l’administration coloniale pour forger une version crédible de leur forfait. Surpris dans son campement, a t-il été capturé puis exécuté quelques heures ou quelques jours plutard ? A t-il tenté de s’enfuir et a été rattrapé par les balles d’un automatique de l’armée française ?

Le 19 octobre 1958, 1 mois après l’assassinat de Ruben Um Nyobè, Xavier Torre, le nouveau haut commissaire de la République française, annonce que la France du général de Gaulle est prête à accorder l’indépendance au Cameroun «…maintenant que l’hypothèque Um Nyobè est levée !»

En octobre 1959, l’ALCAM vote les pleins pouvoirs à Ahmadou Babatoura Ahidjo en vue de « négocier » avec la France les termes de « l’indépendance » dont la proclamation est fixée au 1er janvier 1960. Mais on a pas fini d’entendre parler de Ruben Um Nyobè ni, encore moins, de l’UPC, bien au contraire. Le traité de « coopération » et les accords secrets de défense signés entre le premier ministre de la France Michel Debré et le premier ministre Ahmadou Babatoura Ahidjo le 26 décembre 1959 et la répression inexpiable des progressistes camerounaises allait finir de « pacifier » le Cameroun, dit-on.
La disparition brutale de Um Nyobè n’est que le prélude aux assassinats des autres figures historiques de la lutte pour l’indépendance. Osende Afana assassiné et décapité en mars 1966 à Ndélélé (Sud-Est du Cameroun) par une troupe de l’armée coloniale, Félix Roland Moumié, mort empoisonné au thallium le 15 octobre 1960 à Genève par un agent du SDECE, service secret français, Ernest Ouandié fusillé le 15 janvier 1971 à Bafoussam.

À la suite de l’annonce prochaine de « l’indépendance », Félix Roland Moumié et Ernest Ouandié écrivent depuis Conakry : «…l’indépendance actuelle ne répond nullement aux objectifs poursuivis par l’UPC dès sa naissance. A partir du 1er janvier prochain, le Cameroun jouira d’une indépendance nominale. Loin d’être un instrument indispensable au plein épanouissement du peuple, elle sera au contraire le carcan au moyen duquel les agents du colonialisme et de l’impérialisme continueront à le tenir prisonnier dans son propre pays. Ce peuple continuera à aller nu et à mourir de faim dans un pays qui regorge de ressources économiques considérables. […] Si l’expérience fasciste contre laquelle lutte le peuple camerounais réussit, ceux qui y ont intérêt ne s’empêcheront pas d’en étendre le champ d’application… »

Dans un exposé au deuxième congrès de l’UPC à Kumba du 14 au 17 décembre 1951 Um Nyobè reprend : « l’UPC comprend la nécessité de l’interdépendance des peuples du monde […] Ils [dirigeants et militants] ne confondent pas le peuple anglais avec l’impérialisme anglais qui maintient les peuples sous sa domination, ni le peuple de France avec les colonialistes français qui pillent et oppriment les peuples de nos pays. Nous devons mettre nos frères en garde contre le danger que consiste la politique du racisme anti-raciste. On ne peut, sous prétexte de lutter pour la libération des Noirs, mener une politique de haine contre les Blancs. La haine raciale est incompatible avec toute idée de progrès. »


Ruben Um Nyobè écrit le 28 décembre 1955 : « il est donc clair que sans l’UPC, notre peuple serait resté dans la complète ignorance de son statut et par cela même de son avenir. Sans l’UPC, le problème camerounais n’aurait jamais été soulevé devant les Nations unies. Sans l’UPC, le peuple camerounais n’aurait jamais acquis la maturité politique qui lui permet de lutter efficacement aujourd’hui pour l’Unité et l’Indépendance immédiates de son pays. »

Pour Gaston Donnat, « Si l’UPC n’avait pas été persécutée, traquée militairement par l’Armée française, peut-être la destinée du Cameroun se serait pas celle qu’il connaît aujourd’hui […] Je suis persuadé qu’un jour viendra où le Cameroun reprendra le bon chemin qui avait été tracé par Um Nyobè Ruben et ses compagnons…»

Pour Mongo Beti, «…la raison de tant d’années d’un combat infernal, en somme pourquoi l’UPC est immortelle. L’enjeu n’en est pas tant une politique, ni un symbole, mais une culture naissante, une mystique peut-être, l’âme même de la nation camerounaise. Les idéaux de la mort de Ruben Um Nyobè se sont allumés comme de premières balises. L’UPC s’est pour ainsi dire incrustée dans le tissu même de la mentalité nationale, à laquelle elle a conféré un grain sans doute définitif, en tout cas durable […] Le premier adolescent venu, s’il est fier et vaillant […] on le hissera sur le pavois de l’UPC. Tout Camerounais, s’il a de la sensibilité, saisit cette vérité intuitivement.

Synthèse de Rudoph Ahanda Mbock


Principales sources :

- Ruben Um Nyobè, Écrits sous maquis, Notes et Introduction de Achille Mbembe, L’Harmattan, 1989.
- Mongo Beti, Main basse sur le Cameroun, Éditions des peuples noirs, 1984.
- Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben, Éditions Khartala, 1999.
- Gaston Donnat, Afin que nul n’oublie, Itinéraire d’un anticolonialiste, L’Harmattan, 1986.
- Daniel Abwa, André-Marie Mbida, Premier Ministre Camerounais, L’Harmattan, 1993.
- Achille Mbembe, Naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, Éditions Khartala, 1966.
- François-Xavier Verschave, La Françafrique, Stock, 1998.
- Richard A. Joseph, Le movement nationaliste au Cameroun, Les origines sociales de l’UPC, Karthala, 1986
 

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samedi 12 mai 2007

Interview de Tene Sop, Secretaire Général du Conseil National pour la Résistance

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"C’est aux africains de développer des resistances coriaces pour contraindre la France a une nouvelle vision de l’Afrique"

Journal Alternative - Niamey (Niger)/vendredi 30 mars 2007 par H B Tcherno / http://www.alternative.ne/article.php3?id_article=329

Ancien leader du mouvement estudiantin camerounais dans les années 1990, aujourd’hui, Secrétaire Général du Conseil National pour la Résistance/Mouvement Umnyobiste (CNR-MUN), Tene Sop Guillaume est un homme politique progressiste dont le parcours en dit long sur la force de ses convictions idéologiques. Victime de persécutions dans son pays natal, il a connu la torture, la prison et l’exil. La route de l’exil l’a conduit dans de nombreuses capitales Ouest-africaines, dont Niamey (il y a séjourné de 1995 à 1997, ndlr), où il s’est tissé de solides relations dans les milieux politiques et associatifs. Actuellement chargé de recherche associé en Ecologie et Biodiversité à l’université de Hambourg (Allemagne), le militant altermondialiste qu’il est n’hésite jamais à s’engager dans les luttes sociales partout où cela est possible. En Février dernier, il a pris part au contre sommet France-Afrique tenu à Paris. Nous l’avons interviewé en tant que porte parole du Collectif des organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora (C.O.D.E).

Après 12 ans à l’Elysée, Jacques Chirac va bientôt rendre le tablier. Vu d’Afrique, quel bilan peut-on tirer de sa présidence ?

En tant que militant panafricaniste, je dirai que Chirac a entretenu et nourri ce que François Xavier Verschave a appelé la Françafrique en continuant le système de prédation, de pillage et d’asservissement du continent africain qui a existé depuis De Gaulle jusqu’à Mitterrand.

Il n’y avait de toutes les façons rien à attendre de Chirac qui vient, ne l’oublions pas, de l’école Gaulliste et de la droite la plus réactionnaire. Ce qui est déjà une feuille de route très claire.

Au plus fort des luttes des peuples africains pour la démocratie á la fin des années 80, c’était Chirac qui avait déclaré que « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ». C’est ce paradigme de départ qui a fondé toute la relation de Chirac à l’Afrique durant les 12 années de son mandat. Chirac n’a jamais été du coté des peuples africains en lutte pour la liberté et la démocratie, mais a toujours apporté un soutien politique, économique et militaire aux despotes sanguinaires et autres dictateurs illégitimes qui s’accrochent au pouvoir dans certains pays d’Afrique noire par la violence et par les élections truquées comme au Cameroun, au Gabon, au Tchad, au Congo et au Togo... Mais la plus grosse forfaiture de Chirac reste la Côte d’ivoire, où il a essayé de renverser militairement, sans succès, le président Laurent Gbagbo, arrivé au pouvoir par une révolution démocratique. C’est l’échec le plus cuisant de Chirac au plan africain et même international !

Ces dernières années, il a essayé de se poser en défenseur de l’Afrique sur la scène internationale, en plaidant notamment pour l’accroissement de l’aide, la suppression des subventions agricoles au coton, la création d’une organisation des Nations Unies pour l’Environnement, la solidarité envers le continent à travers des financements innovants...

Oui, il a fait plein de discours dans lesquels il a dit des choses en faveur du continent. Mais pour quels résultats ? Chirac est très fort en phraséologie, mais les actes n’ont jamais suivi. Par Exemple, Chirac s’est auto félicité à Cannes, pour avoir « doublé l’APD au profit des pays africains dans les 4 dernières années ». Selon les ONG françaises qui travaillent sur les questions d’aide au développement, cela est totalement faux. Coordination-Sud, qui est une coalition d’ONG françaises, dénonce « un gonflement artificiel de l’APD par des artifices comptables »... On peut citer de nombreux exemples comme ceux-là.

Le départ de Chirac va-t-il changer quelque chose dans les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique ?

L’impérialisme français en Afrique est surtout systémique, structurel et structuré. Il y a des relations personnelles et claniques entre des hommes politiques français et des dictateurs et hommes politiques africains, qui ont rendu cet impérialisme encore plus pervers. Mais fondamentalement l’exploitation française dans ses ex colonies, se fait à travers des structures. C’est pourquoi elle a survécu à tous les gouvernements de gauche ou de droite qui se sont succédé au pouvoir en France depuis De Gaulle. Vous comprenez donc que la politique de la France en Afrique ne changera pas seulement avec un changement d’hommes et de femmes politiques au pouvoir en France. Ce sont les structures qui régissent cette politique d’asservissement qu’il faut d’abord changer. Ensuite, c’est à nous les Africains de créer un rapport de force qui contraignent la France à nous respecter et à nous considérer comme des partenaires et non comme ses valets.

Comment donc créer ce rapport de force, selon vous ?

Par des résistances et des luttes multiformes sur le terrain. On ne peut pas continuer à pleurnicher comme si les autres peuples du monde allaient faire le combat contre l’impérialisme français à notre place. Ces résistances doivent constituer une menace contre les intérêts de ceux s’opposent aux nôtres.

Dans son discours lors du dernier sommet Afrique-France, tenu à Cannes en Février dernier, le président français affirmait : « J’aime l’Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures". Pour vous, ce n’est pas une preuve d’amour envers le continent ?

Chirac est sans doute, avec Sarkozy, le plus grand démagogue de la France contemporaine. Il fait des proclamations dont il n’est en rien convaincu. Si Chirac aimait l’Afrique, son gouvernement ne traiterait pas les Africains vivant en France avec autant de mépris et d’humiliation. C’est quand même sous son autorité que la loi sur le durcissement des conditions du regroupement familial en France a été adoptée, et dont les premières victimes sont les Africains. On ne peut donc pas prétendre aimer les cultures africaines, dans lesquelles la famille occupe une place centrale et, en même temps, empêcher les Africains vivant en France de regrouper leurs familles... Chirac fait des proclamations et son gouvernement pose des actes contraires. Je trouve que c’est un dangereux démagogue !

Des accords de défense lient la France à ses anciennes colonies. En Côte d’ivoire, les jeunes patriotes qui soutiennent Gbagbo ont demandé, à maintes reprises, le départ de la base française basée à Abidjan-Port Bouet. Pensez-vous que c’est un point de passage pour mettre un terme à la Francafrique ?

C’est la moindre des choses que puissent exiger les patriotes ivoiriens, eux qui ont été massacrés en Novembre 2004 par l’armée française, venue pour renverser le président Gbagbo et dont la résistance populaire rencontrée a lamentablement fait échouer le plan.. Pour être plus général et pour notre propre dignité, nous devons chasser toutes les armées étrangères du territoire africain. Aucune base militaire étrangère ne doit plus exister sur notre continent. La présence de bases militaires françaises en Afrique, réveille en nous, les blessures de notre histoire douloureuse et nous rappelle, à chaque instant, que nous avons été vaincus par l’histoire et même le présent. C’est ça la symbolique des bases militaires françaises chez nous.

Nicolas Sarkozy, son probable remplaçant à l’Elysée, envisage d’ériger un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale ». Cette éventualité fait croire qu’une nouvelle époque va s’ouvrir, qui fera regretter Chirac, perçu par une partie de l’opinion publique africaine comme le dernier président français ayant des liens affectifs avec l’Afrique ? .

Chirac a des liens affectifs avec des dictateurs africains et pas avec l’Afrique. Et de toutes les façons, il n’y a pas de raison de regretter Chirac, puisqu’il n’a rien fait pour l’Afrique et pour les Africains du continent et ceux vivant en France. Quant à Sarkozy, c’est un dangereux populiste qui risque de conduire la France à la guerre civile... Mais les Français sont libres de voter pour qui ils veulent !

En tant qu’activiste politique et militant panafricaniste, que proposez-vous pour repenser la coopération entre l’Afrique et la France ?

Je suis entièrement solidaire à « l’Appel de la société civile africaine aux candidats à l’élection présidentielle en France », lancé à l’ouverture du contre sommet France - Afrique tenu du 11 au 13 février 2007 à Paris. Cet appel fait un certain nombre de recommandations à la classe politique française.

Je pense que nous ne pouvons pas avoir une relation Afrique-France sereine si le très lourd contentieux historique qui nous oppose à l’Hexagone n’est pas vidé. Il faut donc que la France assume entièrement ses crimes coloniaux et néocoloniaux en Afrique. Moi, je viens du Cameroun, pays dans lequel la France et ses valets locaux ont assassiné tous les leaders indépendantistes (Um Nyobè, Moumié...) et qui a aidé Ahidjo à rester au pouvoir en commettant des tueries de masses dans l’ouest et le littoral du pays. Dans le cadre de Notre Mouvement, nous exigeons que les archives militaires et des services secrets français, sur cette période, soient ouvertes, afin que la vérité soit connue sur ce qui s’est réellement passé. La nouvelle relation Afrique-France ne se fera pas sur la base du déni de Mémoire aux victimes que nous sommes.

En dehors de cet aspect historique, il y a les accords de coopération et les accords de défense qu’il faut supprimer ; les bases militaires françaises en Afrique qu’il faut fermer. Comme je vous l’avais dit, l’impérialisme français est structurel et ce sont ces structures qu’il faut d’abord mettre à plat. Je n’ai pas encore entendu les candidats à l’élection présidentielle en France envisager la suppression des instruments et structures qui perpétuent l’aliénation et la domination de l’Afrique par la France. Exception faite des candidats communistes et Trotskistes, qui sont les soutiens traditionnels des peuples opprimés...

Pour terminer, je vais préciser qu’au-delà de tout ce qui précède, c’est nous les Africains qui devons développer des résistances coriaces sur le terrain pour contraindre la France à une nouvelle relation à l’Afrique, une nouvelle vision sur l’Afrique.

Interview online réalisée par H.B. Tcherno

H B Tcherno

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Le Conseil National pour la Résistance manifeste son hostilité virulente à “Elecam”

Le messager
Le 09-01-2007

http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=142&code_art=16527

Elecam est une sorte “ d’Objet Juridique Non Identifié” symptomatique de l’art de remuer du vent qui caractérise le régime néocolonial illégitime au pouvoir au Cameroun"

C’est un véritable tour de prestidigitateur qu’est en passe de réaliser Monsieur Biya et son gouvernement auto-proclamé en prétendant mettre en place dans notre pays une “Commission électorale indépendante”, dénommée “Elections Cameroun”. La laideur de l’appellation “Elecam” n’a de commune mesure que l’absence totale de substance de la structure que le régime de Monsieur Biya entend servir à notre peuple.

En matière de Commission électorale indépendante, deux éléments essentiels indiquent la volonté de mettre sur pied une structure pouvant conduire à des élections justes et transparentes : il s’agit du mode de composition de la Commission et des attributions de celle-ci. Dans le cas du Cameroun, le projet de Monsieur Biya n’a cure de l’un ni l’autre de ces éléments.

I - Une structure aliénée et aux ordres!

“Elections Cameroun” aura deux instances essentielles: le Conseil électoral (Ce) et la Direction générale des élections (Dge). Le mode de désignation et de composition des ces deux structures exprime de manière éclatante la volonté de main mise absolue de la Présidence de la République sur le processus électoral.

- L’on apprend dans le texte que le Conseil électoral est composé de 12 membres dont un président et un Vice-Président (article 8). Ce Président, le Vice-Président et mêmes les membres sont nommés par “ décret du Président de la République après consultations des partis politiques représenté à l’Assemblée nationale et de la société civile”. Trois constats majeurs, accablants pour Monsieur Biya se dégagent ici :

1°) Une structure indépendante compose elle-même sont bureau une fois que les membres sont connus.

2°) Parler de nomination par le président de la République après consultation, c’est essayer de jeter maladroitement de la poudre aux yeux. Monsieur Biya se réserve simplement la possibilité de nommer des individus les plus souvent sans contenance aucune et qui se doivent de marquer leur infinie gratitude et reconnaissance au chef du Rdpc qui leur aura ainsi trouvés “ quelque chose à faire ” et de sérieux jetons de présence.

3°) Dans les pays où l’on a voulu réellement de Commission électorale indépendante la composition se fait en recherchant une équidistance entre le pouvoir et l’opposition. Ainsi l’on a souvent un représentant de l’Etat, des représentants, à parité, des partis politiques du pouvoir et de l’opposition et des représentants de la société civile qui font tampon. De plus, c’est lors de ses premières délibérations que la Commission ainsi composée élit elle-même son bureau central.

- Ce qui est dit ici concernant le Conseil électoral vaut également pour la Direction Générale des Elections. Dans le texte, c’est encore M. Biya qui nommera lui-même le Directeur général et Directeur général adjoint des élections. Dans les pays où l’on a voulu une structure indépendante, c’est la Commission électorale, librement composée selon le mode sus indiquée, qui recrute les personnels d’appui dont il a besoin. Dans le cas du projet de M. Biya, cette personne appelée pompeusement Directeur général ne sera ni “directeur”, ni “général”, mais plutôt le “dirigé de service”!

II - Des attributions vides de sens !

Ce qui fait, au-dessus de tout, la force d’une Commission électorale indépendante, ce sont les attributions qu’elle va exercer. L’indépendance se mesure dans la possibilité dont dispose la structure de pouvoir prendre elle-même les décisions qui vont garantir l’équité et la transparence des élections. Ces décisions ne doivent être soumises ni aux aléas ni à la volonté d’une force extérieure à la Commission. Voyons ce qu’il en est de l’“Elecam” de Monsieur Biya:
Alors que la l’article 1er-2 affirme comme profession de foi que “Elections Cameroun” est un organisme indépendant chargé de l’organisation, de la gestion et de la supervision de l’ensemble du processus électoral et référendaire”, il faut se rendre à l’article 6 du texte pour être frappé à l’évidence que les missions de cette structure sont vides de sens…

- Plutôt que d’organiser les élections, Elecam “opère les vérifications et les contrôles qu’il juge opportuns”. En réalité, c’est une autre structure qui organise et Elecam contrôle. C’est une chimère de penser que l’administration de Monsieur Biya assise par la fraude va se laisser contrôler.

- Plutôt que de publier les résultats, Elecam “ rend publiques les tendances enregistrées à l’issue des scrutins…” La rengaine est connue: “vos chiffres font foi où?”.

- Plutôt que de publier la liste électorale, Elecam “veille à ce que la liste des membres des bureaux de vote soit publiée et notifiée…” Elecam n’a pas la maîtrise de la liste électorale. L’administration pourra continuer à la tripatouiller jusqu’au dernier jour de manière à avoir les morts qui votent, les vivants dont les noms se trouvent à 500 Km de leur domicile, des personnes dont les noms disparaissent comme par enchantement, des charters d’électeurs ambulants et infatigables!

- Plutôt que mettre en place le matériel électoral, Elecam “contrôle la mise en place du matériel électoral et des documents électoraux”. Ainsi, ce n’est pas Elecam qui fera lui-même en sorte que les bulletins de vote de tous les candidats soient disponibles en nombres suffisants. Il ne pourra même pas  décider du bulletin unique! il contrôle simplement…
- Plutôt que de procéder lui-même aux rectifications des irrégularités, Elecam “ordonne les rectifications rendues nécessaires à la suite de l’examen des réclamations ou contestations reçues…” Elecam ordonne à Qui ? De faire Quoi. Et il fera quoi si celui qui reçoit l’ordre ne fait Rien ?

Monsieur Biya pousse le cynisme à son comble dans sa proposition déjà vide de sens en mentionnant en fin de texte qu’il a le loisir de prendre tout son temps pour mettre en place sa structure. Ainsi, à l’article 42 du projet, il indique que “ les attributions des structures compétentes de l’Etat en matière électorale sont, sous le contrôle du président de la République, progressivement transférées à Elections Cameroun. Pendant la mise en place et jusqu’à la fin de la mise en place effective d’Elections Cameroun, constatée par décret du président de la République, l’Onel et les autres structures compétentes de l’Etat en matière électorale, continuent à exercer leurs attributions respectives non encore transférées à Elections Cameroun”. En clair, ça prendra le temps que ça prendra, c’est Biya qui décidera de quel compétence sera transmise, à quel moment. Il n’y a cependant pas lieu de s’en émouvoir puisque le texte a déjà montré qu’il ne transférera pas la gestion du processus électoral à Elecam!

Avec ce texte, Paul Biya s’illustre comme un digne héritier et continuateur de l’administration coloniale. Il a connu l’administration coloniale avec la fraude systématique ; il reproduit assez fidèlement, et même avec un sens fructifère, l’administration coloniale. Paul Biya et le régime néocolonial du Rdpc n’accepteront jamais de gré une compétition électorale loyale qui les perdra. Il faudra la leur imposer, par tous les moyens.

En définitive, il y a une logique dans la dénomination même de cette structure. Alors même que les médias d’Etat, complètement aux ordres du pouvoir illégitime de M. Biya, servent à longueur de journées aux Camerounais les prétendues consultations sur la “Commission Electorale Nationale Indépendante”, le régime n’a pas osé donner cette dénomination à la structure qu’il prétend vouloir créer. Elle s’appellera donc “Elecam”, sorte de monstre hermaphrodite, sorte d’OJNI(Objet Juridique Non identifié). “Elections Cameroun”, ce nom complètement fade et inesthétique s’assume en ce sens qu’il s’agit simplement d’organiser des élections sans aucun critère de qualité. C’est le nom qui met le mieux à nu la mauvaise conscience du régime dictatorial de Paul Biya de ne pouvoir scier la branche sur laquelle il est assis: la prestidigitation et la fraude électorales permanentes.

Il ne reste plus aux forces démocratiques et Patriotiques sincères qu’à comprendre le message que Paul Biya a voulu faire passer avec son “Elecam”: “ Nous pas bouger, faites ce que vous voulez”!

Le mot d’ordre lancé, à Bruxelles, en décembre 2003, par le Conseil National pour la Résistance/Mouvement Um Nyobiste, (CNR-MUN) reste donc en vigueur: “partir comme Abdou Diouf ou Partir comme Mobutu, Paul Biya doit choisir”!! !!

A luta continua! Hasta la Victoria!”!!

Le 16 décembre 2006



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