Tandja, Tandja !

22 février 2010; par Venance Konan

Que ne t’avait-on pas dit, Tandja ? Tu avais terminé tes deux mandats et tout le monde, aussi bien dans ton pays qu’à l’extérieur te félicitait pour le bon travail que tu avais accompli. Est-ce tout ce concert de louanges qui t’était monté à la tête ? Tu as décidé de garder définitivement le pouvoir. Parce que tu avais commencé un bon travail qu’il te fallait achever, disais-tu ? Parce que tu étais le seul Nigérien intelligent ? Non.

Tu te disais qu’Eyadema avait modifié sa constitution pour conserver le pouvoir à vie, Bongo aussi, Biya aussi, Conté aussi, Ben Ali aussi, Museveni aussi. Tu te disais sans doute que tu n’étais pas plus bête qu’eux, et que tu pourrais parfaitement faire chez toi ce qui leur avait si bien réussi chez eux. Mais tu avais oublié une chose, Tandja. Le peuple nigérien n’est pas le peuple togolais ou camerounais ou guinéen. L’histoire de ton pays aurait pourtant dû t’enseigner des leçons. Souviens-toi. Lorsque ton pays s’était trouvé paralysé en 1996, par les bisbilles entre le président et le Premier ministre de l’époque, c’était l’armée, en la personne de Baré Maïnassara qui avait mis le holà le 27 janvier, sous les applaudissements du peuple.

Et lorsque Maïnassara avait voulu à son tour confisquer le pouvoir, c’est la même armée qui l’a liquidé le 9 avril 1999. Toujours sous les applaudissements du même peuple. Et Daouda Malam Wanké avait eu la sagesse de remettre le pays sur les rails de la démocratie, ce qui t’avait permis d’arriver au pouvoir. Avais-tu oublié tout cela ? Tu étais l’homme le plus indispensable du Niger, pensais-tu. Mais ton pays a une armée qui sait prendre ses responsabilités, lorsqu’elle voit qu’un autocrate aux petits pieds est en train de conduire toute la communauté vers sa ruine.

Ton pays a une armée républicaine qui sait distinguer les intérêts mesquins des uns et des autres de l’intérêt général. Ton armée n’est pas composée de criminels qui préfèrent tirer sur la foule innocente plutôt que sur le tortionnaire du peuple. Ton peuple n’est pas un peuple de moutons que l’on peut conduire à l’abattoir sans l’entendre pousser un seul cri. Ton peuple a admirablement résisté à ta folie. Honneur au peuple nigérien. La dernière fois que je suis allé au Niger, on m’avait raconté que tu avais distribué des voitures et beaucoup d’argent aux officiers supérieurs de ton armée. Crois-tu que c’est tout le monde qui se laisse facilement corrompre ? Ne savais-tu pas qu’il y avait dans ton armée des hommes de principe, des hommes d’honneur qui souffraient de voir leur pays, naguère glorieux, aller à la dérive par ta faute ?

Que ne t’avait-on pas dit, Tanja ?

Ton pays était mis au ban de la communauté internationale, mais tu t’en moquais. Ton pays, pauvre parmi les plus pauvres du monde était en train de couler. Mais tu t’en foutais. La seule chose qui comptait à tes yeux était ton pouvoir. Ce pouvoir qui t’avait rendu fou, comme tant d’autres sur ce continent, comme tant d’autres qui préfèrent régner sur des cadavres, sur des pays plongés dans l’obscurité et dans la déchéance plutôt que de céder un seul pouce de ce vénéneux pouvoir qu’un peuple imprudent a eu le tort de placer entre leurs mains. Dis-moi, Tandja, qu’est-il arrivé à Senghor et Abdou Diouf du Sénégal, Ahmed Tejan Kabbah de Sierra Leone, Jerry Rawlings et John Kufuor du Ghana, Alpha Oumar Konaré du Mali, Obasanjo du Nigeria, Nicéphore Soglo et Mathieu Kérékou du Bénin, Nelson Mandela et Thabo M’beki d’Afrique du Sud ? Que leur est-il arrivé lorsqu’ils ont volontairement renoncé au pouvoir ou lorsqu’ils l’ont perdu, parce que leurs mandats étaient arrivés à terme, ou à la suite d’élections qu’ils n’ont pas contestées ? Il leur est arrivé respect, honneur et reconnaissance. C’est de cela que tu te trouvais indigne ? Tu estimais que dès lors que le peuple t’avait élu, le pouvoir qu’il avait mis entre tes mains te venait de Dieu, et seul Dieu pouvait te l’enlever.

Tu as donc organisé une parodie de référendum pour légitimer ton coup de force.

Tu as dissous toutes les institutions que tu ne contrôlais pas et qui te résistaient.

Tu as tenu tête à tout le monde et même au bon sens le plus élémentaire.

Où es-tu aujourd’hui, Tandja ? Qu’es-tu devenu, Tandja ? Tu es un prisonnier dont personne ne réclame la libération ?

La communauté internationale a condamné le coup d’Etat qui t’a renversé par simple principe, mais tout le monde applaudit. Parce qu’il y a des coups d’Etat républicains, des coups d’Etat qui libèrent un pays bloqué par la folie, ou l’ambition d’une seule personne qui veut s’incruster au pouvoir, et ce coup d’Etat qui t’a balayé en est un. De ta prison, tu as certainement entendu les clameurs de joie du peuple que tu avais pris en otage.

Ce peuple que tu croyais derrière toi, ce peuple dont tu avais interprété le silence comme un consentement. Tandja, on peut terroriser un peuple, le corrompre avec de l’argent ou des paroles mielleuses pour avoir le sentiment qu’il est derrière soi. Mais souviens-toi de ces paroles toutes simples que de nombreux chanteurs ont reprises : on peut tromper une seule personne tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Et il arrive un moment où quelqu’un, surgi de là où personne ne l’attend, décide de prendre ses responsabilités.


Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr