Augustin Frederick Kodock, secrétaire général d’une des tendances de l’Union des populations du Cameroun (UPC-K) n’a pas assisté à la mise en terre de Winston Ndeh Ntumazah à sa dernière demeure à Ntumazah Hill par Ntarinkon à Bamenda. Après le culte au Palais des congrès, l’ex-ministre Augustin Frederick Kodock est retourné à l’hôtel Ayaba où il avait déposé ses valises, pendant que se déroulait l’inhumation du défunt président honoraire de l’UPC. Que s’est-il passé pour que le SG de l’UPC/K qui avait pourtant spécialement fait le déplacement pour assister son défunt camarade joue les abonnés-absents à ce moment important des obsèques ? Selon Mme Fotsou née Elizabeth Ngohdje, ex-épouse de Ndeh Ntumazah, Augustin Frederick Kodock avait sollicité auprès de la famille du défunt, de faire un témoignage. Une demande jugée « curieuse » à laquelle la famille de Ntumazah s’est catégoriquement opposée.

Furaxe à cause de cette sollicitation, Dame Fotsou explique les raisons du refus de la famille : «Pâ Ntumazah est tombé malade dans sa maison il y a cinq ans. Les enfants que j’ai eus avec lui, sont partis de Londres pour venir le chercher pour l’emmener en Grande Bretagne. Kodock n’a pas cherché à savoir où est Ntumazah. Nous lui avons communiqué le numéro de téléphone des quatre enfants avec qui il était à Londres. Kodock n’avait jamais daigné appeler l’un d’eux pour s’enquérir de l’état de santé de Ntumazah. En 2009, le malade est revenu au Cameroun. Il a passé trois semaines ici à Bamenda, Kodock n’est même pas venu lui rendre visite. Ntumazah est parti à Yaoundé rendre visite à mon second époux (Fotsou) paralysé. Il a séjourné pendant quatre jours dans un hôtel, Kodock n’est pas toujours venu le voir. Le jour où il avait programmé son retour à Londres, il est retombé malade et a été admis à l’hôpital Général pendant une semaine, Kodock n’est pas passé. Et quand il est mort, Kodock n’a même pas appelé un membre de famille pour s’enquérir de la situation. Il est allé jeudi à l’aéroport tenter de kidnapper le corps de Ntumazah, nous nous sommes interposés. C’est aujourd’hui qu’il se présente au Palais de congrès de Bamenda pour demander s’il peut faire son témoignage. Nous lui avons dit qu’il ne peut pas faire ce témoignage ».

« Opposition choisie »

A l’hôtel Ayaba, les journalistes allés à sa rencontre, dont le reporter de Le Messager, n’ont pas été reçus par Augustin Frédérick Kodock. Même Adolphe Papy Doumbé, chargé de la communication du parti, vers lequel se sont tournés les hommes de médias, n’a pas trouvé mieux que de les semer, sous le prétexte d’achever sa conversation avec un des militants du parti. La « seconde » requise pour achever sa conversation s’est avérée d’autant élastique que le concerné a réussi à se soustraire subrepticement de leur vue. Augustin Frederick Kodock ignoré, c’est plutôt Basile Louka, secrétaire à l’organisation de l’UPC tendance Hogbe Nlend qui a prononcé un témoignage pour le compte du parti des crabes. A l’en croire, l’organisation par l’Etat des obsèques officielles à l’honneur de Ndeh Ntumazah, est un signe de la disposition du chef de l’Etat à réconcilier le Cameroun avec son histoire. Il va d’ailleurs rappeler à la gouverne de tous que « Ndeh Ntumazah est le tout premier leader nationaliste à mourir dans son lit ; le tout premier aussi à être concrètement reconnu, le tout premier à se faire officiellement accompagner par cette nation, pour l’indépendance de laquelle il s’est battu ; nation et indépendance auxquelles ses pairs et lui ont consacré leur existence et sacrifié leur vie ».

C’est dans cette veine qu’il a soulevé spécialement à l’attention du représentant officiel de Paul Biya à ces obsèques (Paul Atanga Nji) qu’au regard de « l’esprit de consensus qui nous mobilise, nous Upcistes, voudrions nous persuader que Votre Excellence consolidera sa disposition opportune en reconsidérant le conflit artificiel que des enjeux de positionnement personnels entretiennent encore au sein de l’UPC entre la légitimité politique du mouvement et une légalité administrative arbitrairement attribuée ». Un conflit artificiel qui, lâche-t-il, a permis à des prospérités individuelles de « s’organiser à la première personne du singulier ». Cependant, Basile Louka précise qu’ « aucune ambition de démocratisation ne peut prospérer avec une opposition choisie ». Il est d’avis que l’avenir du Cameroun ne se conjuguera valablement qu’à la première personne du pluriel. Il a ainsi saisi cette opportunité pour inviter les pouvoirs publics à lever les dernières entraves administratives au libre fonctionnement du mouvement UPC.

Hommage

Pour Basile Louka, Ndeh Ntumazah est un monument qu’on ne peut plus présenter : pendant plus d’un demi-siècle de militantisme, Ndeh Ntumazah a subi la persécution coloniale et néocoloniale et s’est résolu à 30 longues années d’exil dans divers pays d’Afrique et d’Europe, « pourchassé comme une bête dangereuse par les pouvoirs coloniaux et leurs hommes de mains. Quand la répression ne réussissait pas, on tentait la corruption. Toute sa vie, il a résisté à l’appât du gain et mettait ses camarades en garde contre les miettes qu’on ferait tomber de quelques tables hautes pour les détourner de la direction du parti, de leur aspiration à la liberté ». Anticolonialiste, ses idées panafricanistes l’on rapproché de la plupart de grands leaders africains qui se sont sacrifiés pour la libération de leurs pays au point que « Nelson Mandela lui dédicacera son autobiographie à titre personnel », explique Basile Louka. Au niveau national, a témoigné Basile Louka, Ntumazah s’est consacré à la « quête inlassable de l’unité de l’UPC » et il stigmatisait dans l’une de ses correspondances en 1965 le fractionnisme au sein de l’UPC et exhortait les militants à se retrouver sous une seule et unique direction. Malheureusement, la division a pris le pas sur l’union. « La désunion est l’ennemie de la cause pour laquelle nous militons […] tournons la page et arrêtons de vadrouiller pour plutôt nous consacrer à quelque chose de sérieux ». L’appel de Basile Louka suffira-t-il à ramener les partisans des différentes tendances de l’UPC à de meilleurs sentiments ? Ce serait là un bel hommage à l’illustre disparu.

Focal: Le Pasteur remonte les bretelles aux ministres

« Feu président Ahidjo, me disait Winston Ndeh Ntumazah, avait envoyé des émissaires lui demandant de retourner au pays, avec promesse de lui construire la plus belle maison de son choix, revèle le Révérend Jacob Nju. Constatant que c’était un piège, il a refusé. Plusieurs politiciens véreux d’aujourd’hui seraient prêts à trahir une cause juste pour leur intérêt personnel. Il y a même des ministres qui boivent du sang pour se maintenir en poste. Les commissions anticorruption sont dans chaque ministère mais que font-elles ? Au moment où je parle à cet autel, il y a des policiers et gendarmes sur nos routes actuellement en train d’arnaquer les usagers. Les contrôleurs de Finances envoyés sur le terrain sont mis aux petits soins dans les hôtels par la personne qu’ils sont venus contrôler. Les travaux effectués ne reflètent pas les milliards débloqués pour les besoins de la cause », décrit l’homme de Dieu co-célébrant du culte des obsèques de Winston Ndeh Ntumazah au palais de congrès de Bamenda, samedi 27 mars 2010.

L’officiant s’interroge par la suite « pourquoi des travailleurs doivent passer des mois sans salaires alors qu’ils ont rendu service ». Il fait vite de conclure que « c’est de la perfidie, l’hypocrisie des dirigeants », autant de comportements qu’il a fustigés. Tirant son homélie de Jean 3 :16,  le pasteur dira que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle ». A l’en croire, Ndeh Ntumazah était de la trempe de Jésus qui s’occupait des problèmes des autres plus que des siens. Il combattait l’injustice, recherchait la vérité. Une raison pour laquelle il meurt sans amasser des biens comme c’est le cas avec certains « ministres ». Martyr de la première génération, il avait sacrifié sa vie pour la cause de l’indépendance et la réunification du Cameroun selon le pasteur. Ce qui va le pousser à l’exil. Malgré les multiples tentatives de corruption, il est resté ferme sur ses convictions. Par conséquent, le pasteur a invité la génération des politiciens actuels à suivre l’exemple de cette icône de la lutte pour l’indépendance et la réunification du Cameroun. D’où les honneurs de la nation à l’illustre disparu. Il a été fait commandeur de l’ordre national de la valeur à titre posthume.

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