Yaoundé : La police réprime une manifestation pacifique des journalistes

Près de 200 professionnels des médias se sont réunis hier, Journée mondiale de la liberté de la presse, pour attirer l’attention sur les problèmes de leur corporation.

 

Environ 200 journalistes camerounais se sont réunis hier à Yaoundé pour prendre part au sit-in pacifique initié par l’Union des journalistes du Cameroun (Ujc). Prévue pour se tenir à l’esplanade des services du Premier ministre, la manifestation, réprimée violemment par la police, s’est finalement déroulée sur un terrain vague en face de l’hôtel Hilton. Elle fait suite  au décès, en prison, le 22 avril dernier, de Germain Cyrille Ngota Ngota, alias Bibi Ngota, directeur de la publication de « Cameroun Express », et avait pour objectif d’attirer l’attention du gouvernement sur les problèmes de la corporation, en cette Journée mondiale de la liberté de la presse, édition du 3 mai 2010.
De source policière, dès 5h, les forces de l’ordre (police et gendarmerie) ont pris d’assaut les alentours des services du Premier ministre, pour prévenir la manifestation. A 9h, des regroupements de policiers étaient visibles aux entrées principale et secondaire et à l’esplanade du bâtiment, et même aux alentours de l’immeuble ministériel N°2 et de l’hôtel Hilton. Des journalistes, habillés de noir pour certains, commencent à arriver sur les lieux. Devant l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre, ils convergent vers le terrain vague en face de l’hôtel Hilton qui, territorialement, dépend de l’arrondissement de Yaoundé 3ème. Bras croisés sur la poitrine, ils attendent l’heure H. Même l’arrivée de Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, venu visiter le terrain pour un futur chantier, ne les détourne pas de leur préoccupation.

Manifestation interdite
A 10h, une centaine de journalistes est déjà présente sur les lieux. Le nombre de policiers aussi a augmenté. Ils forment d’ailleurs un cordon de sécurité pour empêcher les manifestants de rejoindre l’esplanade du bâtiment abritant les services du Premier ministre qui, territorialement, dépend de la sous-préfecture de Yaoundé 3ème, où la manifestation a été déclarée le 29 avril 2010. Déclarée et interdite, soutiennent les policiers. D’après Christophe Bobiokono, le secrétaire général de l’Ujc, « jusqu’à ce matin (3 mai 2010, ndlr), on ne savait pas que la manifestation a été interdite, c’est la police qui nous en a informé ». Datée aussi du 29 avril, la lettre d’interdiction de la manifestation avance, entre autres, que « les délais légaux de déclaration de manifestations publiques n’ont pas été respectés».

« Nous sommes tous des Biby Ngota »

Pendant ce temps, dans un coin, Aimé Edouard Alama, le directeur de la publication du journal L’Avocat et président du comité d’organisation des obsèques de Bibi Ngota, distribue gratuitement, aux manifestants qui veulent bien l’arborer, une centaine de tee-shirt floqués de la photo du défunt. Sur les pancartes, les messages parlent d’eux-mêmes : « Non à la clochardisation des médias » ; « Nous sommes tous des Biby Ngota » ; « Vigilance M. le Président » ; « Que la lumière soit faite sur le décès de Biby Ngota » ; « Le recoupement d’une information n’est pas un délit de droit commun »....  Sur le site, les caméras tournent, les flashes des appareils photo crépitent. A la fois sujets et objets, certains journalistes prennent des notes, en même temps qu’ils manifestent. Des directeurs de la publication sont là : Haman Mana du Jour, Sévérin Tchounkeu de La Nouvelle expression, Alain Blaise Batongue de Mutations…

Violences policières

A 10h30, les manifestants se mettent en rang et essaient de forcer le cordon de sécurité pour regagner l’esplanade de l’immeuble abritant les services du Pm, comme prévu. Face aux forces de l’ordre décidées à ne pas les laisser passer, le clash se produit. Bousculades, bastonnades et coups de matraque de policiers. Polycarpe Essomba, journaliste à Equinoxe Tv et correspondant à Douala de Rfi, Jean-Baptiste Ketchateng, journaliste à Mutations, Dominique Mbassi, journaliste à Repères, Innocent Blaise Ngoumngang et Ateba Biwolé, journalistes au Jour, sont violemment molestés. Dans la mêlée, Polycarpe Essomba perd sa veste contenant son passeport. A quelques mètres de la scène, les sous-préfets de Yaoundé I et III s’entretiennent. Dix minutes plus tard, le calme est revenu dans le rang des manifestants qui, après avoir chanté l’hymne national, s’asseyent à même le sol. Xavier Messe, le rédacteur en chef de Mutations, lui, se couche carrément. Debout au milieu des manifestants, Charly Ndi Chia, le président de l’Ujc, puis Thierry Gervais Ngango, lisent le mémorandum de l’Union adressé au chef du gouvernement et portant sur les problèmes de la presse au Cameroun.

A 11h, les journalistes décident de lever l’encre. La manifestation se termine par un pot de confraternité partagé dans un débit de boissons à Tsinga, en face du domicile de Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication. 

 

Stéphanie Dongmo


Réactions

Charly Ndi Chia, président de l’Ujc : « C’est stupide d’interdire cette manifestation »
Ce qui s’est passé avec la police c’est comme battre un enfant et lui refuser le droit de pleurer. C’est ce qu’a fait le régime. Nous protestons contre le décès en prison d’un confrère et voulons attirer l’attention sur la situation de la presse. Nous avons indiqué aux autorités qu’on voulait faire un sit-in pacifique, mais la police est arrivée. Je pense qu’interdire cette manifestation, c’est stupide. Je crains que les choses dégénèrent et qu’on interpelle d’autres journalistes.

Martin Locko Motassi, sous-préfet de Yaoundé III : « C’est une manifestation à caractère vindicatif »
Cette manifestation a été interdite parce que les organisateurs n’ont pas respecté les délais légaux de déclaration (voir encadré, ndlr). Sur un autre plan, les manifestations à caractère vindicatif ont été suspendues dans le département du Mfoundi, et donc, dans l’arrondissement de Yaoundé III.


Médias : Un documentaire sur l’histoire de la Presse au Cameroun

Les activités de la Journée mondiale de la liberté de la Presse se sont achevées hier. A l’hôtel Franco de Yaoundé, Issa Tchiroma Bakary a clos les festivités par le visionnage du documentaire consacré à l’essor de la liberté de la Presse au Cameroun. Long de 56 minutes, le document a fait intervenir divers grands noms de la presse camerounaise, à l’instar d’Abodel Karimou, l’un des pionniers de la profession. Produit et supervisé par le ministère de la Communication, le documentaire a été réalisé sous la coordination de la Cameroon radio and television (Crtv). En français et en anglais, il sera diffusé sur les chaînes de télévision locales. Prenant la parole au terme de la soirée, le ministre de la Communication, dans sa déclaration, s’est dit satisfait du déroulement de la semaine nationale consacrée à la liberté de la Presse

Muriel Edjo


Issa tchiroma bakary : « Il est temps de passer à autre chose »

Le ministre de la Communication annonce pour bientôt les états généraux de la presse au Cameroun.

La journée mondiale de la liberté de la Presse est marquée cette année au Cameroun par le décès en prison d’un journaliste. Une situation dont la presse entière s’est saisie. Par la voix des hommes des médias, l’on a pu voir que la presse peut construire comme elle peut détruire. Je le dis avec beaucoup de tristesse, la presse a instrumentalisé cette affaire et nous avons vu les proportions que cela a prises. Nous déplorons le décès de ce journaliste, mais je crois qu’il est temps de passer à autre chose. Certains ont qualifié cette histoire de tempête dans un verre d’eau, je ne le dirai pas ainsi puisqu’à travers la voix des journalistes, les pays qui n’avaient jamais entendu parler du Cameroun l’on découvert. Plusieurs institutions diplomatiques se sont exprimées sur ce sujet et le chef de l’Etat, son excellence Paul Biya, a ordonné l’ouverture d’une enquête.

Qu’on laisse dont cette enquête être menée à son terme. La paix et la stabilité sociale sont des acquis que plusieurs pays n’ont pas et envient au Cameroun. La presse doit travailler dans le sens de la préservation de ces acquis. Ceci passe par le respect des règles qui régissent la profession. Cette année, les activités de la liberté de la presse au Cameroun se sont tenues pendant toute une semaine. Pourquoi pas sur un mois l’année prochaine ? Il est temps de nous préoccuper de cette profession que nous aimons tant et que certains qualifient comme le  plus beau métier du monde. J’annonce pour bientôt les états généraux de la presse, comme cela a été fait par le ministre Kontchou Kouomegne lors des années délicates où il a occupé les fonctions de ministre de la Communication. Je compte beaucoup sur son aide, tout comme sur celle d’Ebénezer Njoh Mouelle, pour que les hommes des médias retrouvent la place qui leur est dû. Depuis que je suis à ce poste, je travaille beaucoup dans ce sens. Je l’ai toujours dis, je suis l’ami des journalistes et je continu de le dire.

J’appelle donc les journalistes à m’aider à faire de ce métier que nous aimons tous, le métier noble qu’il a toujours été. Messieurs les membres du corps diplomatiques, messieurs les journalistes, la liberté de la presse est un fait au Cameroun. L’accès à l’information n’est plus seulement possible pour les médias publics, les médias privés sont désormais invités au Palais de l’Unité, à l’aéroport, pour recevoir les chefs d’Etats en visite au Cameroun, etc. Nous devons tous travailler dans la consolidation de cette liberté. Les journalistes doivent œuvrer pour que le journalisme soit remis sur son piédestal de grandeur et d’honorabilité ».

Propos recueillis
par Muriel Edjo


Que prévoit la réglementation ?

Extrait de la loi N° 90/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et manifestations publiques.

Art. 6 -(1) : Sont soumis à l’obligation de déclaration préalable tous les cortèges, défilés, marches et rassemblements de personnes et, d’une manière générale, toutes les manifestations sur la voie publique.
Article 7 -(1) : La déclaration prévue à l’article 6 ci-dessus est faite au district ou à la sous-préfecture où la manifestation doit avoir lieu, sept jours francs au moins avant la date de ladite manifestation.


Médias : 100 journalistes manifestent devant les services du gouverneur

Les hommes de médias qui répondaient au mot d’ordre de l’Ujc ont été reçus par le préfet du Wouri.

Près de 100 journalistes et cameramen ont observé un sit-in devant les services du gouverneur de la région du littoral à Bonanjo, hier lundi 03 mai 2010. Les hommes des médias, tous de noirs vêtus, en signe de deuil, ont assiégé l’entrée du bâtiment autour de 10h30. Alex Gustave Azebaze, Pauline Poinsier, Denis Nkwebo, Honoré Foimoukom, Antoine de Padoue Tchonang,  les leaders de la manifestation, ont remis au préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, une copie du mémorandum rédigé par l’Union des journalistes du Cameroun (Ujc). Pendant ce temps, les journalistes massés à l’extérieur n’ont cessé de fulminer sur les circonstances de la mort du journaliste Bibi Ngota. « Notre confrère n’avait pas le droit de mourir dans l’exercice de sa profession. Ce qui lui est arrivé est le signe que nous ne sommes pas en sécurité», a affirmé Lazare Kolyang,  journaliste au quotidien Mutations.   

Les hommes des médias basés à Douala ont ainsi répondu à l’appel l’Ujc et des syndicats de journalistes, qui ont décidé de commémorer ainsi la Journée mondiale de la liberté de la presse, et de rendre un hommage à Bibi Ngota, directeur de publication du journal « Cameroun Express », décédé le 22 avril 2010. Le mouvement d’hier visait à revendiquer «la dépénalisation des délits de presse et interpeller les autorités sur les exactions commises contre les journalistes et assimilés », a expliqué Alex Gustave Azebaze, membre du conseil exécutif de l’Ujc. La manifestation était également  l’occasion pour les journalistes de la ville de Douala de « partager la douleur de la famille de Bibi Ngota, décédé à la prison centrale de Yaoundé dans des circonstances troublantes », a indiqué Honoré Foimoukom du quotidien Le messager.         

Après une heure de sit-in devant les services du gouverneur de la région du Littoral, les manifestants se sont dirigés à l’esplanade de la délégation régionale de la communication. En rang, les points fermés et tendus vers le ciel, ils ont entonné l’hymne national du Cameroun avant de conclure avec un « plus jamais ça». A l’unanimité, ils ont décidé de boycotter la cérémonie officielle organisée par le délégué régional de la Communication du Littoral, Michel Ebongue Esso.

Christelle Kouétcha



Douala : Joe la conscience entendu à la gendarmerie de Mboppi

Les cameramen Gerôme Demenou de canal 2 et Nono Fotchue de Dbs ont été interpellés.
Kameni de Vinci, alias Joe la conscience, a été cueilli par les gendarmes à l’entrée du pont du Camp Yabassi, alors qu’il manifestait pour  que « justice soit faite sur la mort de Bibi Ngota, le directeur de la publication du journal « Cameroun Express », décédé le 22 avril dernier », a-t-il indiqué, hier lundi 03 mai.

Celui que l’on surnomme « le combattant » a été surpris par deux camions de gendarmes armés, autour de 10h. Assis dans un cercueil, Joe la Conscience était transporté dans un porte-tout couramment appelé « pousse pousse ». Il a suffi d’une raclée pour qu’il soit embarqué dans un des camions. Le propriétaire du « pousse pousse » aussi a été interpellé. Le nommé Mbunto, qui accompagnait Joe la conscience, a réussi à prendre la fuite. Bien avant,  Nono Fotchue et Gérôme Demenou, cameramen respectivement en service dans les chaînes de télévision Dan broadcasting system (Dbs) et Canal 2 international, ont également été interpellés par des gendarmes de la brigade de gendarmerie de Mboppi à Douala. Ils ont été arrêtés à l’entrée de ladite brigade, alors qu’ils filmaient la manifestation organisée par Joe la conscience. Les cameramen interpellés ont été entendus pendant près de 2h par le commandant de la brigade de gendarmerie de Mboppi. «Il nous a simplement demandé si nous avions des relations avec Joe la conscience. Sans plus », a indiqué Nono Fotchué, qui a été libéré aux environ de 12h. Cependant, les cassettes des images ont été saisies. 

La manifestation interrompue par les gendarmes s’annonçaient plutôt « héroïque », selon Joe la Conscience. Il avait prévu de faire le tour de plusieurs organes de presse dans un cercueil portant des messages de revendications : « Justice pour Bibi Ngota assassiné pour avoir voulu faire que son travail » ; « un tour au cimetière, tel est le sort que l’Etat du Cameroun réserve aux journalistes un peu trop curieux » ; « Il n’y a pas de démocratie sans liberté de la presse » ; « Ici repose la liberté de la presse au Cameroun ». Autour de 15h hier, Joe la conscience a été entendu pendant 45 minutes avant d’être libéré.

Christelle Kouétcha



Mémorandum de l’Ujc au gouvernement sur les problèmes de la presse

Préambule
Dans son adresse à la Nation le 31 décembre 2008, le président de la République Paul Biya relevait fort à propos : « Il existe en effet dans notre pays des partis politiques, des syndicats, des associations dont le rôle est précisément, en tant que corps intermédiaires, de transmettre au gouvernement les doléances de leurs mandants. Je peux vous assurer que ceux-ci trouveront toujours auprès de moi une oreille attentive, si leurs revendications sont fondées et s’ils sont animés d’un véritable esprit de négociation ».

Fort de cet appel, le Conseil exécutif de l’Union des Journalistes du Cameroun (UJC), organe d’exécution de l’association des journalistes, qui se veut l’organisation faîtière de toute la presse camerounaise a décidé de réagir, au nom de toute la profession, afin d’appeler l’attention du gouvernement sur ce qui devrait être fait pour que la presse camerounaise puisse contribuer efficacement au développement du Cameroun et au processus de démocratisation de notre pays.

Après examen approfondi de la situation de la presse camerounaise au cours de chacune de ses réunions, examen qui lui a souvent permis de faire une déclaration circonstancielle sur cette situation au gré des événements qui surviennent, le Conseil exécutif de l’Union des Journalistes du Cameroun (UJC) a décidé d’adresser au Gouvernement de la République, pour la troisième fois depuis février 1998, un mémorandum sur l’ensemble des problèmes de la presse camerounaise avec des propositions pouvant aider à améliorer ladite situation.

Sur le plan juridique
La législation actuelle présente de graves insuffisances et plusieurs aspects déjà dépassés méritent d’être révisés.
En effet, bien que l’audiovisuel ait été libéralisé à travers le décret n°2000/158 du 03 avril 2000, le flou persiste dans la délivrance des licences à travers l’instauration d’une pratique dite de « tolérance administrative ».

Le Cameroun figure encore parmi les rares pays au monde où le journaliste, dans l’exercice de son métier, peut être emprisonné plus facilement qu’un criminel de droit commun, où une chaîne de radio ou de télévision peut être fermée aussi facilement qu’une échoppe.

Nous demandons par conséquent au Gouvernement :
? la révision de la loi n°90/052 du 19 décembre 1990 portant sur la liberté de communication sociale avec entre autres, une définition claire du statut du journaliste, une énumération et une définition exhaustives des délits de presse ;
? la suppression des peines privatives de liberté à l’encontre des journalistes pris en défaut dans l’exercice de leur profession au profit des peines civiles ;
? l’application rigoureuse des dispositions de la loi n°90/052 du 19 décembre 1990 qui garantissent aussi bien l’inviolabilité des rédactions que l’accès aux sources d’information ;
- la codification de la cyberpresse ;
- la codification du statut du journaliste étranger et du statut de l’entreprise de presse étrangère au Cameroun ;
- la création et la promotion de la fonction de Porte-parole à la présidence de la République et dans les Services du Premier Ministre.

Sur le plan économique
L’entreprise de presse n’est pas une entreprise comme les autres, eu égard à ses missions sociales d’éducation et de formation. Sa mission ne consiste pas à privilégier les acteurs des différents pouvoirs (politiques, économiques, socioculturels, etc.) qui passent, mais plutôt la Nation camerounaise appelée à demeurer.
Dans les sociétés modernes, l’information est un droit du citoyen et l’exercice de ce droit, dont la presse est l’un des garants, est un critère d’évaluation de l’avancée démocratique. Ce  rôle spécifique requiert que l’entreprise de presse puisse recevoir des aides directes et indirectes de l’Etat. Ce soutien aura pour effet de réduire la fragilité économique de l’entreprise de presse camerounaise aujourd’hui en proie à toutes sortes d’errements, de dérapages et d’abus, source de beaucoup de tort à la presse camerounaise et à la Nation toute entière.

Nous demandons :
Pour ce qui est de l’aide indirecte :
- la mise en place d’un régime fiscal spécial pour l’entreprise de presse au Cameroun:
- l’application effective de la loi sur la publicité dans le sens d’une répartition plus rationnelle et plus équitable des budgets publicitaires entre les entreprises nationales d’une part et entre les entreprises nationales et étrangères d’autre part.
Pour ce qui est de l’aide directe :
- l’augmentation substantielle de l’enveloppe de l’aide à la presse, et surtout la définition claire par une commission paritaire, des critères d’éligibilité des entreprises de presse à cette subvention. L’actuelle commission du ministère de la Communication ayant montré ses limites ;
- la mise en place à terme d’un fonds de développement de la presse.

Sur le plan professionnel
L’absence d’un véritable statut du journaliste est en grande partie responsable de l’essentiel des problèmes de la presse camerounaise aujourd’hui. Il n’est, en effet, pas possible de savoir à ce jour avec certitude qui est journaliste et qui ne l’est pas. Qui, au Cameroun, peut prétendre à bon droit faire partie de cette noble profession ?
La définition de critères rigoureux de ceux qui peuvent se prévaloir de la qualité de journaliste résoudrait l’essentiel des problèmes liés à l’exercice de la profession de journaliste  Cameroun.

Nous proposons :
- la réorganisation de la commission de la carte de presse et tous les organes qui gèrent les problèmes de la presse, à l’instar du Conseil National de la Communication qui devrait devenir une haute autorité,
- l’application effective de la Convention collective  nationale des journalistes et des professionnels des métiers connexes de la Communication sociale au Cameroun.
De telles institutions seraient chargées, entre autres, de l’attribution de la carte de presse et de l’identification des entreprises de presse.
Le Conseil Exécutif de l’Union des Journalistes du Cameroun est certain que si les différents points présentés dans le présent mémorandum venaient à être conduits avec succès, il est indéniable qu’il en résulterait un salutaire assainissement des milieux de la presse camerounaise. Lesdites réformes permettront d’abolir les clivages inutilement entretenus, entre presse publique et presse privée, et favoriseraient l’émergence d’une presse de qualité utile à l’accompagnement de la modernisation de l’Etat du Cameroun.
Convaincus que l’Etat dispose de leviers susceptibles de répondre au mieux aux pressantes demandes de la profession de journaliste, nous sollicitons instamment une rencontre avec le Gouvernement.

Le Président de l’UJC
Charly NDI CHIA



Ernst Iwiy’a Kala Lobé : Le pionnier du journalisme engagé en Afrique

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’Unesco a choisi d’honorer l’œuvre du journaliste camerounais.

Paulin Joachim, le poète et journaliste béninois, a su trouver les vers appropriés pour décrire Ernst Iwiy’a Yèsco Kala Lobé, qu’il considérait comme le « Dernier roi d’Afrique ». « Il était un mythe vivant, notre icône morale /Il était le verbe éveillé /Celui qui n’a jamais cru/A l’insomnie des légendes/Qui a rêvé d’une histoire inversée pour ses petits enfants, bien calé/ », écrit-il dans le recueil de poèmes intitulé Eclairs d’ébène et de diamant paru en 2002. 

Hier, 03 mai 2010 au Palais des Congrès de Yaoundé,  l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco)  a rendu hommage à l’œuvre de cet orfèvre de l’écriture. Pour démontrer le militantisme d’Ika, comme l’appelaient ses proches, le Pr Ebénézer Njoh Mouelle évoque un de ses articles intitulé Violation de l’ « identité culinaire » négro-africaine.  Un article dans lequel Ika s’en prend à l’esprit colonial qui cherche à manipuler la cuisine africaine, comme par exemple l’interdiction du vin traditionnel. « Fin gourmet qu’il a été, Ika a été un nationaliste et militant de la sauvegarde de l’authenticité africaine », affirme le philosophe camerounais.

Le Pr Laurent Charles Boyomo Assala, le directeur de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic), voit en Ika un double personnage. « La vie de Ika, journaliste et intellectuel, apparaît comme la synthèse entre l’événement (journaliste)  et la culture (l’intellectuel). Le premier (l’événement) passant du statut d’un non-savoir destiné à combler une attente qu’il peut difficilement combler à celui de point de départ vers la seconde (la culture) », expose-t-il avant de conclure : «  Ika c’est le pont entre les gouvernants et les gouvernés dans ce droit de savoir qui réorganise le lien politique en faisant passer les sociétés de la culture du secret à la culture de la transparence ».   L’écrivain congolais Henry Lopès dit de lui qu’il était considéré à Présence africaine comme un inspirateur. « Il avait un langage plus franc, plus ouvert, plus direct que les autres. Alioune Diop était extrêmement fin et veillait à ne pas blesser les autres. Kala Lobé, lui, ne mettait pas les gangs pour dire les choses, mais qui évitait de vexer (…)», confie l’ambassadeur du Congo en France dans un documentaire consacré aux journalistes.

Né le 15  novembre 1917 à Douala, Ernst Iwiy’a Kala Lobé effectue sa scolarité entre Douala et Dakar. Il arrive en France en 1946 lors de la période Quartier latin et travaille avec  le fondateur de Présence africaine, Alioune Diop. Il obtient son diplôme de journaliste à Paris en 1948 après avoir refusé de devenir médecin, alors qu’il avait bien été formé pour ce métier. De retour au Cameroun en 1952, il fonde « Le Petit Camerounais » et collabore à l’« Eveil du Cameroun », de 1953 à 1960. Ses chroniques en pidgin et ses articles font de lui un journaliste engagé à la libération de l’Afrique et à la protection de l’identité africaine. Secrétaire d’Alexandre, le fils de Rudolph Douala Manga Bell, Ika écrit en 1981 un livre intitulé « Rudolph Duala Manga Bell ». Ernst Iwiy’a Kala Lobé est décédé le 07 octobre 1991 à Colombes, en Île de France. L’écrivain Olympe Bhêly Quenum invite le ministère de la Culture du Cameroun à mettre sur pied une commission pour « voir ce qu’on peut tirer de l’œuvre d’Ika ».

Beaugas-Orain Djoyum


Le message de l’Union de la presse francophone (Upf)

L’Union internationale de la presse francophone (UPF) saisit l’occasion de la célébration de la 19ème édition de la Journée internationale de la liberté de la presse pour inviter les consœurs et les confrères à avoir une pensée pour les professionnels(les) de l’information qui nous ont devancé dans l’au-delà, depuis janvier 2010. Entre autres :

Toufik Boughedir (Tunisie), le 2 janvier 2010 ;
Bobbie Tsankov (Bulgarie), le 5 janvier 2010 ;
Andis Hadjicostis (Chypre), le 11janvier 2010 ;
Paulin Criwa Zéli (Côte d’Ivoire), le 2 février 2010 ;
Mamadouba Sylla (Guinée), le 10 février 2010 ;
Patient Chebeya Bankome dit Montigomo (RDC), le 5 avril 2010 ;
Martial Ouédraogo (Burkina Faso), le samedi 10 avril 2010 ;
Aboubacar Lansana Camara (Guinée), le 16 avril 2010;
Lamba Mansaré (Guinée), le 16 avril 2010 ;
Germain Ngota Ngota (Cameroun), le 22 avril 2010 ;
Baya Gacemi (Algérie), le 25 avril 2010.

Liste non exhaustive des disparus. Certains sont morts de maladie. D’autres ont été abattus, à bout portant, pour avoir revendiqué le droit du public à l’information. Les tueurs ont disparu dans la nature.

A Yaoundé, au Cameroun, un directeur de publication est mort, en prison. Aucune condamnation de non assistance à un détenu qui présentait, pourtant, des signes évidents de mauvaise santé, ne doit passer sous silence. Ce laxisme coupable ne doit rester impuni. Germain Ngota Ngota, 38 ans, patron de l’hebdomadaire Cameroun Express, aurait pu être sauvé. Sa mort, le 22 avril 2010, dans les conditions décriées par le monde entier, ne doit laisser personne, sans réaction. Elle doit être accompagnée d’une enquête digne, et de décisions courageuses du gouvernement camerounais.

C’est pourquoi l’UPF demande au Président de la République de saisir cette occasion malheureuse pour faire achever le débat sur la dépénalisation des délits de presse, ou suppression de la peine privative de liberté, en choisissant l’option des peines pécuniaires raisonnables, en lieu et place de l’emprisonnement pour délits de presse. Les 41èmes Assises de l’UPF, en novembre 2009, à Yaoundé, ont été, de ce point de vue, riches en enseignements et arguments convaincants, en faveur de la suppression de la peine privative de liberté, en faveur des sanctions économiques non suicidaires et de la mise en place d’une véritable instance d’auto-régulation.

C’est pourquoi l’UPF a foi que la disparition de ces femmes et hommes des médias sera une source de motivation profonde à continuer la lutte pour la suppression de la peine privative de liberté, pour la levée des interdictions de vendre, de paraître et d’émettre, qui frappent certains médias.

A Rabat, au Maroc, où l’UPF donne rendez-vous à plus de 200 journalistes francophones, du 31 mai au 5 juin 2010, l’occasion sera belle de renforcer le plaidoyer pour le droit du public à l’information, pour la liberté d’expression et de la presse. Préparons-nous donc à participer, nombreux, à ce double rendez-vous : 60ème anniversaire et 42ème assises de l’UPF, dans la capitale marocaine.

Bonne journée du 3 mai 2010.