Lapiro de Mbanga:  « La lutte doit continuer»

Par lemessager |     Vendredi 16 juillet 2010 | Le Messager

Je perds personnellement un camarade. Pius et moi, on s’appelait ainsi. Je perds ainsi un ami, un camarade et un frère, bref une partie de moi. Il faut se retrouver au début des années 88-89 pour se retrouver au début de notre amitié qui a survécu aux contraintes de l’histoire. On formait un trio. Njawe-Monga-Lapiro. Le fameux trio qui a tout bousculé au Cameroun, grâce auquel le peuple camerounais a pu avoir le semblant de démocratie qu’on a aujourd’hui. Je me suis investi corps et âme en janvier 1991 pour éviter la prison à Njawe et à Monga surtout que Njawe sortait d’une condamnation par rapport à la fameuse affaire relative à la maladie de Paul Biya dont il avait fait large écho. S’il fallait qu’il rentre en prison, ce serait une autre chose. J’ai tout fait pour l’épargner cela, au risque de perdre ma vie. En 1991, la loi de 1962 sur la subversion existait encore. Je me suis permis de distribuer plus de deux millions de tracts sur toute l’étendue du territoire national. C’est ainsi que les populations venant du triangle national se sont retrouvées à Douala, ont pris d’assaut le palais de justice et sous la pression populaire, ont obtenu la libération de Pius. Les magistrats qui avaient en charge de ce dossier étaient obligés de céder, et ont vu par la suite leur carrière brisée à jamais.

Pendant mes audiences à Nkongsamba, Puis a fait imprimer plus de trois cent tee-shirts avec la mention «Libérez Lapiro de Mbanga». L’association internationale basée au Danemark qui s’occupe de mon dossier au niveau international a été approchée par Pius pour défendre mes intérêts. Après la mort de notre épouse (Jane Njawe, ndlr), Pius a mis sur pied une fondation pour sensibiliser les Camerounais sur les dégâts de la route. Njawe était traumatisé par la route. Il avait une peur bleue des accidents de la circulation. Qu’il meure sur la route suite à un «accident» de la circulation en me laissant en prison, lui qui avait comme combat actuel d’obtenir ma libération, je remets tout à Dieu mais je sais qu’il n’est pas mort car ce genre de mec ne meure pas aussi facilement. Il a été seulement arraché à la vie car ce sont les malades qui meurent. Mon plus grand souhait serait que l’équipe à qui il a confiée le journal-je sais qu’il ne s’occupait plus trop de son journal qui se trouve entre des mains expertes-, reste soudée pour qu’ensemble tous les moyens soient mis ensemble pour que Njawe ne meure jamais. J’interpelle dans ces colonnes Jacques Doo Bell (secrétaire général des rédactions, ndlr), Jean-Baptiste Sipa (chroniqueur, ndlr), Jean-François Channon (coordonnateur de la rédaction Yaoundé, ndlr), Robert Ngono Ebode (chargé de missions, ndlr), Marie-Noëlle Guichi (rédacteur en chef délégué, ndlr) Souley Onohiolo (grand reporter, ndlr), Frédéric Boungou (rédacteur en chef, ndlr), Honoré Foimoukom (coordonnateur de la rédaction, ndlr), et tous les autres qui ont une belle plume et un avenir dans la presse comme Etame Kouoh, afin que l’image de marque du Messager demeure. Njawe mourra le jour où le Messager disparaîtra. Tant que Le Messager vivra, Njawe le sera aussi. Quant aux orphelins, je resterai toujours leur tonton et je ne trahirai jamais la mémoire de mon frère. La lutte doit continuer.