Le premier tour de la présidentielle du 31 octobre en Côte d’Ivoire tire vers sa fin. Le calme qui a régné pendant le scrutin de dimanche dernier continue de planer sur tout le pays, à la surprise générale, même si des signes d’impatience commencent à être perceptibles chez les électeurs ivoiriens, qui ont hâte de connaître la vérité du premier tour.

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Dans les états majors politiques, les ténors de divers camps s’activent à compiler les PV ramenés par leurs représentants des bureaux de vote sur toute l’étendue du territoire.

Au siège de la CENI à Abidjan, ses membres vérifient minutieusement les résultats acheminés des milliers de bureaux éparpillés dans le pays et à l’étranger, avant de les proclamer. Mais jusqu’à ce soir, seuls les résultats des bureaux de quelques représentations diplomatiques ivoiriennes ont été proclamés, placant l’ancien PM Alassane Ouattara en tête avec 50, 5% de voix…Mais cette tendance repose juste sur 10 mille électeurs sur un total de 5,7 qui était appelé aux urnes.

Même si la CENI tarde à proclamer les résultats nationaux, c’est presque un secret de polichinelle que l’ancien président Henri Konan Bedié, renversé par un coup d’état militaire en décembre 1999, a été largué dans le duel à trois qui l’opposait au président Gbagbo et à l’ancien Premier Ministre Ouattara. Le candidat du PDCI a en effet, enregistré des scores très minables notamment à Abidjan où il ne dépasserait pas la barre des 10% ! une vraie deception. Le président Gbagbo qui souhaitait gagner dès le premier tour sera très certainement contraint à un second tour avec Alassane Ouattara qui fait d’excellents scores dans au moins deux communes Abidjan et dans les centres urbains cosmopolites comme Daloa, Gagnoa, Bouaké-ville, etc. et rafle souverainement la mise dans son fief du nord.

Nous sommes en mesure d’affirmer que le président Gbagbo a gagné la très populeuse commune de Yopougon et disposerait d’un réservoir de plus de 180 milles voix sur son principal concurrent, Alassane Ouattara. Ce dernier, lui, ne fait pas dans la dentelle a Korhogo, où il s’est constitué un fond de près de 80 mille voix sur Bédié et Gbagbo.

Le président sortant, qu’on disait « minoritaire » dans le pays, fait de très bon scores dans les bastions de ses principaux adversaires. Le président aurait ainsi gagné à Adjamé reputé fief du RDR, à Touba avec plus de 80% de voix, à Bouna à la frontière ivoirienne avec plus de 55%, à Bongouanou, à Agnibilikro et à Abengourou en pays Akan, traditionnellement acquis au PDCI. Gbagbo raflerait , haut la main, la très stratégique région des Lagunes dont Abidjan et toute la Cotière qui constitue la moitié de l’électorat ivoirien. Seule la grande mobilisation de l’électorat RDR, généralement très fidèle a son mentor, prive pour l’instant le candidat de la Majorité Présidentielle d’une victoire au premier tour. Mais cela n’est que partie remise, car dans les plans de Gbagbo un deuxième tour face a Ouattara était pour lui le scénario idéal. Le president Gbagbo en fin et habile politicien a travaillé sur ce scénario depuis plus de trois ans et affirmait recemment à des interlocuteurs « Bédié serait un adversaire plus dangereux pour moi dans l’optique d’un second tour, que Ouattara ». Vous avez tout compris !

En effet cette opposition va certainement faire renaître le TSO (Tout sauf Ouattara) qui était très à la mode a Abidjan il y a quelques années. Mais cette configuration du second tour risque de replonger le pays dans les divisions ethno-religieuses qui ont servi d’alibi à la rébellion de Guillaume Soro pour prendre les armes le 19 septembre 2002. En attendant, Abidjan retient son souffle, dans l’attente des résultats officiels du premier tour…


Kouame Gervais et Raoul Fréjus, à Abidjan