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Entretien avec TENE SOP

Lundi, 17 Octobre 2011 00:00
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 Mr. Tene Sop, vous êtes un des représentants du Front Uni de la Diaspora en Allemagne, quel bilan tirez-vous de votre appel et de vos actions pour le boycott de l'élection Présidentielle dans la Diaspora ?
 Le mot d’ordre de boycott lancé par le Front a été un double succès. Nous avions appelé au boycott des inscriptions sur les listes électorales. Les camerounais de la diaspora ne se sont pas inscrits. Sur les 50 mille camerounais légaux et illégaux qui vivent en Allemagne, selon nos estimations, 260 personnes se sont inscrites sur les listes électorales, c’est totalement ridicule. Après la phase des listes électorales, nous avions appelé au boycott de l’élection elle-même. Et sur les 260 inscrits à Berlin, 90 électeurs seulement ont pris part au vote, soit un taux de boycott de 66%, C’est le plus élevé dans la diaspora…
Sur la base de ces chiffres que je viens de vous communiquer, je pense qu’il  il ne serait pas exagéré de dire que le mot d’ordre de boycott lancé par le front a été un succès franc. Nous entrons actuellement dans la troisième phase du boycott, qui est le Boycott du dictateur Paul Biya lui-même !

On a remarqué qu'en Allemagne vos camarades et vous avez privilégié, disons, une méthode de lutte pacifique, à savoir le sit-in accompagné d'un travail intense de pédagogie consistant à interpeller les Camerounais inscrits et à leur expliquer votre position. Pourquoi n'avez-vous pas plus tôt fait des actions spectaculaires?
Je ne sais pas ce que vous entendez par « actions spectaculaires».  La politique n’est pas un spectacle et la situation chaotique de notre pays ne prête pas non plus au spectacle…

Je voulais dire actions « coup de poing… » contre le bureau de vote de Berlin par exemple, puisque vous aviez appelé au « Boycott actif »
Ecoutez, tout est question de l’objectif à atteindre.  Le Boycott actif ne voulait pas dire « actions spectaculaires ». Boycott actif dans l’entendement du Front Uni, voulait dire être présent sur le terrain pour dissuader par la persuasion d’éventuels électeurs d’aller voter.
Notre manifestation à Berlin été la vrai attraction de ce 09 octobre car tout le monde, y compris le Rdpc venait discuter avec nous sur les raisons de notre appel au boycott. 

Croyez-vous avoir été mieux compris ? Pensez-vous avoir convaincu, le jour même du vote, certains électeurs de ne pas voter du tout ou de voter blanc?
Notre mot d’ordre n’était pas que les électeurs « votent blanc », mais qu’ils boycottent, c’est-à-dire qu’ils évitent de voter, quelque soit leurs intentions de vote, car ce scrutin est «un match vendu»  pour emprunter au jargon footballistique.
Pour répondre a votre question, notre manifestation pacifique, du matin au soir du 09 octobre à l’Ambacam à Berlin a accentué l’ampleur du boycott, car des dizaines de nos compatriotes, initialement venus à l’ambassade pour voter, ont changé d’’idée sur place et ont rejoint notre manifestation contre les élections.  Nous avons pu voir d’autres personnes rebroussant carrément chemin, en nous entendant de loin  hurler notre haine contre Paul Biya et ses élections : « Paul Biya, Assassin ! 29 ans ca suffit », « Dictateur, fous le camp ».
En fin de compte notre présence sur le terrain a été bénéfique pour le succès du boycott

Mr. Tene Sop, on constate, au vu des chiffres publiés, que le taux d'inscription des Camerounais sur les listes électorales et le taux de participation au vote de 34% en Allemagne, sont extrêmement faibles. Il semble qu'au Cameroun même le taux de participation est bas. Croyez-vous que c'est essentiellement grâce à vos actions ou bien c'est dû à d'autres facteurs.
Ce serait prétentieux de dire que c’est essentiellement à cause de nos actions que les camerounais ont boycotté la mascarade du 09 octobre. Il ya bien sûr d’autres facteurs comme la lucidité et la conscience politiques de notre peuple…

Comment analysez-vous ce comportement des citoyens camerounais alors même que pratiquement tous les partis et la classe politiques ont participé à l'élection et appelé au vote ?
Le boycott général de cette mascarade par notre peuple, aussi bien au Cameroun que dans sa diaspora, est un rejet très clair du dictateur Paul Biya et d’un système électoral frauduleux qui ne peut garantir une alternance au pouvoir. C’est une résistance sourde et profonde qui annonce un vrai deuxième tour dans la rue dans les prochaines semaines,  et qui risque d’être très mouvementé.
Le refus d’aller aux urnes est aussi un désaveu cinglant pour la classe politique actuelle qui s’accroche désespérément à un électoralisme vicié qui a pourtant déjà montré ses limites depuis  le 11 Octobre 1992! 

Que faire alors ?
Organiser les masses, encore organiser les masses et toujours organiser les masses pour préparer la révolution démocratique et populaire. Biya est lâché par tout le monde; il n’ya plus que le gouvernement français qui le soutient, avec d’ailleurs de plus en plus de gêne. Regardez l’embarras de Alain Juppé se caressant la calvitie, à l’Assemblée Nationale Française quand il tente d’expliquer que les élections du 09 octobre se sont bien déroulées.
L’organisation des masses sous la conduite d’une vraie avant-garde politique doit avoir aussi pour mission de s’attaquer à ces entreprises impérialistes qui exploitent le Cameroun et justifient le soutien du gouvernement français à la dictature néocoloniale au pouvoir au Cameroun

 La Cour Suprême du Cameroun a annoncé qu'elle donnera les résultats de l'élection présidentielle le 21 octobre prochain. A quoi vous attendez-vous ? Pensez vous que le Droit sera dit ? Que ferez-vous si Paul Biya gagne comme on l'annonce et que la Cours suprême valide sa victoire?
Les résultats ne m’intéressent pas. Les résultats du corrompu  Alexis Dipanda Mouéllè n’intéressent pas le Front, pour une simple question de logique. Nous avons appelé au boycott parce que l’élection était jouée d’avance et il ne faut rien en attendre. Nos résultats nous les avons déjà obtenus: cette mascarade a confirmé la très grande impopularité du despote Paul Biya, au-delà de ce que nous pensions !
Nous continuons bien sûr et nous continuerons notre résistance contre le régime dictatorial sanguinaire de Paul Biya. Cet autre hold-up de Paul Biya est le mandat de trop, et nous allons lui faire rendre gorge. Le Front Uni va lui rendre la vie impossible jusqu’à sa chute que nous voulons très proche.

 Le Front Uni de la Diaspora va-t-il continuer à travailler en tant que tel pour le changement au Cameroun ? Si oui avec la même structure et les mêmes personnes ?
Le Front est sur une bonne dynamique de regroupement de toutes les forces progressistes de la diaspora camerounaise contre la dictature au pouvoir… Tout le monde est conscient que l’heure a sonné et qu’on ne peut plus laisser notre pays dans cette situation. Après la première phase le front posera un certain nombre d’actions qui iront crescendo

Propos recueillis par Roufaou Oumarou, pour canal-info.ca