mardi 6 mai 2008
Massacres de février: "Paul Biya doit repondre de ses actes"
http://www.quotidienmutations.info/mutations/mai08/1210045898.php, dans Mutations No 2147 du 06 Mai 2008
G. Tene Sop: Paul Biya doit répondre des massacres de février
Le coordonnateur général de la campagne pour les prisonniers des émeutes en explique les enjeux.
Propos recueillis par J.B Ketchateng
Qui sont les organisateurs de cette campagne?
Il y a un "Comité – Freedom for Joe & Co" (ou Comité pour la Libération des prisonniers politiques au Cameroun) que nous avons créé avec un certain nombre de personnes dont l’écrivain Patrice Nganang. La campagne est appuyée par le Collectif des Organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise, le Code, dont une délégation s’est rendue à la Commission Européenne il y a trois semaines à Bruxelles, pour plaider la situation des droits humains au Cameroun.
En quoi consiste-t-elle?
Les objectifs de
cette campagne sont variés. Nous voulons contribuer à lever la chape de
silence et briser la conspiration internationale du " ni vu, ni connu"
qui entoure les tueries de fin février dans notre pays. Ce faisant, on
va attirer l’attention mondiale sur les conditions inhumaines et
cruelles dans lesquelles sont détenues les centaines de personnes
arbitrairement arrêtées par les forces répressives du régime
dictatorial lors du soulèvement populaire de février.
Un autre point
c’est d’amener les organisations internationales de défense des droits
humains, qui sont restées jusque là assez discrètes sur les graves
évènements de février, de même que l’opinion internationale, à demander
des comptes à Paul Biya et à son régime sur leurs crimes massifs de la
fin février contre notre peuple en colère. Le but immédiat étant
d’obtenir la libération de tous les prisonniers politiques c’est à dire
de toutes ces personnes arrêtées dans le cadre du soulèvement populaire
de février.
Nous allons aussi travailler avec divers milieux
politiques et diplomatiques internationaux pour les rallier à notre
exigence d’une Commission internationale d’enquête sur les massacres de
février. Cette commission devra établir le bilan exact de la
répression, situer les responsabilités des uns et des autres dans le
massacre inacceptable des populations civiles non armées, afin que des
poursuites judiciaires soient menées contre les commanditaires, les
exécutants de ces crimes contre l’humanité. On a déjà quelques noms ;
on sait que c’est le commandant N. N. (initiales, Ndlr) qui a massacré
les jeunes à Bonabéri et que ce sont ses éléments qui ont ouvert le feu
sur le pont du Wouri dans la matinée du 27 avril… La finalité de tout
ce travail est de lutter contre l’impunité et surtout que Paul Biya et
des assassins de notre peuple se retrouvent un jour devant le tribunal
pénal international pour répondre de leurs crimes contre notre jeunesse
et notre peuple.
Justement que savez-vous des personnes tuées dans les soulèvements ?
Le
27 février, des gendarmes et des policiers ont pris en tenaille
plusieurs centaines de manifestants sur le pont du Wouri et ont ouvert
le feu pendant qu’un hélicoptère de l’armée pilonnait le pont à coup de
grenades explosives et de gaz lacrymogènes. Il s’en est suivi un sauve
qui peut et des dizaines de jeunes manifestants se sont jetés dans le
Wouri, pour échapper aux tueries et certains ont carrément été jetés à
l’eau par les forces de répression. Des dizaines de corps ont été
repêchés dans le Wouri dans le courant du mois de mars par des
pêcheurs… Le 28 février, au matin, notre camarade Tiwa Jacques a été
froidement assassiné, à Douala, par un commando descendu d’un camion
militaire, sans que nous sachions pourquoi.
Au regard de la
nature des revendications qui portent sur un sujet : la démocratie au
Cameroun que les autorités jugent bien installée localement, n'était-il
pas préférable de mener des actions ici?
Cette campagne est
certes portée à l’international, mais elle se fait avec le soutien des
organisations locales des droits de l’Homme comme l’Approce de Me Momo,
la Mdhc de Mme Afité, la Ldl de Charlie Tchikanda, le Prodhop de Mme
Ngo Mbe. Nous travaillons ensemble, pour relayer et amplifier au niveau
mondial les actions de ces organisations locales, qui ont fait un
excellent travail pendant la crise de février, ce qui leur vaut les
persécutions et les menaces du gouvernement dictatorial. Le "Comité
Freedom for Joe & Co", lance d’ailleurs un appel à tous nos
compatriotes qui ont perdu des proches dans le soulèvement de février
ou qui ont un des leurs en détention dans le cadre de ces évènements, à
se rapprocher des organisations locales des droits humains pour se
faire recenser.
En quoi une campagne internationale peut-elle
être utile quand on sait l’attitude attentiste du monde occidental en
général selon qu’il s’agit de tel ou tel pays?
Nous avons
constaté que l’assassinat de plus d’une centaine de personnes n’a
suscité aucune réaction vigoureuse de condamnation au niveau
international comme c’est souvent le cas dans certains pays. L’écrivain
Patrice Nganang, est allé distribué les prospectus de cette campagne
dans une réunion internationale d’écrivains aux USA la semaine dernière
et il s’est rendu compte que personne n’était au courant que l’on a
massacré plus d’une centaine de personnes au Cameroun et que plus de
1000 autres sont en prison. Tout le monde est stupéfait par l’ampleur
de ces massacres. Personne n’en était informé.
Or si personne n’est informé comment voulez vous que les gens nous aident pour que le régime de Paul Biya soit isolé ?
Quand évaluerez-vous votre opération
L’évaluation
sera permanente afin de réajuster les stratégies, car c’est une
campagne de longue haleine. Les mois à venir vont être extrêmement
chauds. Vous verrez que dans les prochaines semaines des personnalités
et institutions internationales que nous avons approchées, vont entrer
en action dans le dossier Cameroun.
Que ferez-vous si vous n'êtes pas entendus?
La
Campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques
et son pendant qui est l’opération "Justice for the victims " ne sont
que des aspects d’une stratégie plus globale que nous nous gardons
d’évoquer ici.
Source: http://www.quotidienmutations.info/mutations/mai08/1210045898.php
mercredi 19 mars 2008
Interview du Sécretaire Général du Conseil National pour la Résistance au Journal Le Messager
G. Tene Sop, activiste politique: “ Le régime est aux abois ”
Le secrétaire général du Conseil national pour la résistance/mouvement
Umnyobiste (Cnr/Mun) et membre fondateur du Collectif des organisations
démocratiques et patriotiques des Camerounais de la diaspora (Code)
scrute l’environnement socio-politique du Cameroun.
Vous avez été explicitement accusés d’avoir manipuler des Camerounais
qui sont descendus dans la rue pour manifester ces derniers jours.
Qu’en est-il exactement?
Nous pensons que le régime est aux abois. Il a longtemps craché en
l’air. Maintenant, il reçoit ses crachats en pleine figure. C’est un
régime qui se prévaut de sa propre turpitude et tente d’accuser à tort
et à travers. Initialement c’était Fru Ndi, puis ça a été Mboua
Massock, aujourd’hui c’est le Code... C’est parce qu’il est aux abois
que le régime cherche des boucs émissaires. Cette politique de bouc
émissarisation est caractéristique du régime Biya depuis vingt six ans.
Nous ne sommes par conséquent pas surpris qu’il cherche à accuser tous
azimuts.
Avez-vous oui ou non pris part aux manifestations de ces derniers jours au Cameroun ?
Les Camerounais se sont levés pour protester contre la vie chère et
pour refuser le tripatouillage constitutionnel auquel Biya veut se
livrer et nous soutenons politiquement le mouvement. Nous encourageons
les Camerounais à lutter pour leurs droits, à lutter contre la vie
chère et à s’opposer au tripatouillage constitutionnel. C’est un
soutien politique que nous apportons à l’ensemble des jeunes qui
étaient dans la rue.
Au regard du rapport de force à l’Assemblée nationale camerounaise,
si Paul Biya veut faire passer la modification de l’article 6.2 de la
Constitution en vue de faire sauter le verrou de la limitation du
mandat présidentiel à deux septennats, il aura la majorité nécessaire
pour le faire. Que feriez-vous dans ce cas ?
La rue a déjà parlé. Paul Biya le 31 décembre 2007 avait estimé que les
Camerounais étaient descendus dans les rues pour lui demander de
changer la Constitution et qu’il les avait entendus. Le camp du non au
tripatouillage constitutionnel a également parlé à la fin du mois de
février. Et les événements ont montré que ce camp était majoritaire. Si
Paul Biya veut effectivement entendre le message de son peuple, il doit
entendre le message que lui a adressé le camp du non à la modification
de l’article 6.2 de la Constitution. L’Assemblée nationale ne
représente pas l’ensemble du peuple camerounais car le taux de
participation aux dernières élections législatives était de 25%, avec
un taux d’abstention record, c’est-à-dire que 4 millions d’électeurs
sur 9 millions seulement sont allés aux urnes pour élire les députés
actuels. Vous conviendrez avec moi que ces députés ne sont pas
représentatifs de tout le peuple camerounais. C’est par conséquent une
Assemblée nationale complètement illégitime pour modifier la
Constitution. Nous invitons tous les députés à s’opposer eux aussi par
tous les moyens politiques au projet de tripatouillage constitutionnel
qui va leur être présenté. On a vu un cas similaire au Nigeria où
Olusegun Obasanjo avait la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat
et n’a pas pu, comme il le souhaitait, tripatouiller la Constitution
car les députés et les sénateurs de son camp ont fait échouer le
projet. Et il s’est retiré du pouvoir. Eu égard aux événements de ces
dernières semaines, si l’Assemblée nationale fait sauter le verrou de
la limitation du mandat présidentiel, nous allons être plongés dans une
guerre civile certaine.
Que ferez-vous au Code dans l’éventualité d’une modification de la Constitution qui ne limiterait plus le mandat du président de la République ?
Le Code va continuer sa campagne internationale de sensibilisation pour
attirer l’attention de l’opinion internationale sur le fait qu’il y a
un régime impopulaire qui règne depuis 26 ans et qui tente de se
maintenir au pouvoir contre la volonté populaire. Mais le plus
important pour le Code c’est de pleurer les victimes de la répression
de fin février. Nous sommes actuellement en deuil. Il y a 200 personnes
selon les organisations des droits de l’homme qui sont tombées sous les
balles de l’armée et de la police camerounaises. L’urgence pour le Code
c’est d’attirer l’attention sur cette tragédie et exiger surtout qu’une
commission d’enquête internationale se penche sur la question pour
clarifier le bilan car le gouvernement parle d’une quarantaine de morts
seulement. On ne peut pas tuer 200 personnes au troisième millénaire et
continuer à rester au pouvoir comme s’il ne s’était rien passé. Nous
allons travailler à un isolement de ce régime violent et sanguinaire.
Et nous sommes sûrs d’y parvenir.
Les réponses qui ont été apportées par le gouvernement camerounais
pour apaiser la situation ne vous semblent-elles pas correspondre à un
début d’écoute des revendications populaires ?
C’est du saupoudrage politique. Ce sont des bribes de mesurettes qui,
en fait, n’attaquent pas le problème de fond. En fait le problème de
fond dans notre pays c’est l’injustice sociale qui est criarde. La
classe moyenne a disparu, elle est tombée dans le prolétariat. La vie
devient chaque jour un peu plus chère. Les riches s’enrichissent, les
pauvres s’appauvrissent davantage. Et l’histoire a montré que
lorsqu’une société en arrive à ce niveau il y a un affrontement qui est
inévitable. C’est l’un des messages des soulèvements de la fin février.
Le pays est divisé en deux camps qui se regardent en chiens de faïence
et qui guettent la moindre occasion d’entrer en confrontation. La
situation est extrêmement grave et nous en appelons à la responsabilité
du président Paul Biya pour qu’il sache que si cet affrontement redouté
se produisait, l’histoire retiendrait que c’est sous son règne qu’une
guerre civile s’est déclenchée au Cameroun.
Pensez-vous que la situation au Cameroun pourrait se détériorer au point d’être comparée à celle qui a prévalu au Kenya après la proclamation des résultats de la présidentielle il y a quelques mois ?
Tous les ingrédients sont là pour que le scénario du Kenya se répète au
Cameroun. Vous avez vu qu’après les soulèvements de ces derniers jours
le régime commence à dresser les groupes tribaux les uns contre les
autres : vous avez certainement entendu parler de la déclaration des
fils du Mfoundi qui demandent aux Camerounais non-Bétis de quitter la
capitale pour aller manifester chez eux, sans oublier la déclaration
des chefs Sawa qui demandent aux Anglo-Bamilékés d’aller manifester
chez eux... Donc le régime est en train de jouer avec le feu. Et la
situation au Cameroun risque d’être pire qu’au Kenya parce que le
régime crée une tension entre les différents groupes ethniques pour
faire diversion telle qu’à la première étincelle ça va être la
catastrophe. Notre pays doit échapper à cette logique.











